Historique
Depuis le début des années 1970, la frontière israélo-libanaise est le théâtre de vives tensions entre des éléments armés palestiniens réfugiés au Liban et les forces israéliennes. Le 11 mars 1978, une attaque palestinienne revendiquée par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) fait de nombreux morts et blessés du côté israélien. Dans la nuit du 14 au 15 mars 1978, l’armée israélienne envahit le sud du Liban, à l’exception de la région du Tyr.
Répondant à une demande du gouvernement libanais, le Conseil de Sécurité adopte les résolutions 425 (1978) et 426 (1978) le 19 mars 1978. La première demande l’arrêt des opérations militaires israéliennes et le retrait immédiat de leurs troupes du territoire libanais, et établit la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). La seconde porte approbation des règles d’engagement de la Force. Les premiers éléments de la Force se déploient le 22 mars 1979.
Un temps stabilisé, le conflit s’aggrave lorsque, suite à un échange de tirs à la frontière israélo-libanaise, Israël envahit de nouveau le Liban, atteignant Beyrouth. Dans ces conditions, le rôle de la FINUL se limite à l’assistance humanitaire aux civils. Un retrait partiel des troupes israéliennes intervient en 1985. Cependant, des Forces de Défense Israéliennes restent stationnées dans le Sud du Liban, confrontées à la résistance armée libanaise.
Malgré la pression internationale, la décision israélienne de se retirer du Sud-Liban n’est annoncée que le 17 avril 2000. Israël décide ainsi de se conformer aux résolutions 425 (1978) et 426 (1978), permettant ainsi à la FINUL de remplir le mandat qui lui a été octroyé 12 ans plus tôt. Le retrait effectif des troupes israéliennes est annoncé par le gouvernement israélien le 25 mai 2000 et confirmé par le Secrétaire général de l’ONU le 16 juin suivant. Des violations de la ligne de retrait par les Forces de Défense Israéliennes empêchent cependant le déploiement de la FINUL et des forces libanaises. Ce n’est qu’en juillet 2000, après l’annonce par Israël de sa volonté de mettre fin aux violations de la ligne de retrait (Ligne Bleue) et la déclaration du Secrétaire Général confirmant l’effectivité de cette cessation de violations, que le déploiement intégral et le renforcement de la FINUL sont envisagés. Dans son rapport du 20 juillet 2000, le Secrétaire général de l’ONU indique que la première phase de renforcement de la mission avait débuté un mois plus tôt : plus grande capacité de déminage, renforcement d’unités et attente de nouveaux bataillons d’infanterie. Le 27 juillet 2000, le Conseil de sécurité décide donc de proroger, par la résolution 1310 (2000), le mandat de la FINUL pour une nouvelle période intérimaire de six mois, jusqu’au 31 janvier 2001.
La situation reste relativement calme, jusqu’en octobre 2000 où elle se détériore en raison des manifestations palestiniennes le long de la Ligne Bleue et de divers escarmouches entre eux et l’armée israélienne. Peu à peu, le gouvernement libanais délaisse sa responsabilité de garde-frontière au profit du Hezbollah. Face à cette situation, la FINUL se redéploie dans la région délaissée, avec l’aide du gouvernement libanais. Toutefois, elle ne réussira pas à convaincre ce dernier de reprendre le contrôle de son côté de la Ligne Bleue. Cette situation est décriée par le Conseil de sécurité dans une déclaration du Président du Conseil le 14 novembre 2000.
Le 22 janvier 2001, le Secrétaire général présente un nouveau rapport où il formule des suggestions en vue d’une reconfiguration de la force et où il recommande une nouvelle prorogation de son mandat pour une période six mois (31 juillet 2001). Parce que la FINUL entame la dernière partie de son mandat, qui est de rétablir la paix et la sécurité internationales, le Secrétaire général hésite à procéder à des fonctions d’observation avec uniquement des observateurs non-armés. Il propose deux bataillons d’infanterie, un groupe d’observateurs de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST) et un soutien logistique. Il souligne aussi qu’une procédure par étapes serait peut-être plus prudente et que le Conseil pourrait, dans un premier temps, réduire les effectifs de la FINUL à environ 4500 personnes tous rangs confondus, comme il était le cas avant leur augmentation intervenue l’année précédente.
Le Conseil accepte ces demandes du Secrétaire général, par la résolution 1337 du 30 janvier 2001. Il lui demande d’ailleurs de soumettre, avant le 30 avril 2001, un rapport sur les projets de reconfiguration de la FINUL et sur les tâches de l’ONUST. Le Conseil rappelle aussi au gouvernement libanais la nécessité de contrôler l’ensemble de son territoire près de la Ligne Bleue. C’est le 30 avril 2001 que le Secrétaire général présente son projet de reconfiguration au Conseil. Il y est mentionné qu’en attendant une paix globale, la FINUL garderait ces deux mandats de maintien du cessez-le-feu et des relations étroites entre les deux parties. Le Secrétaire général propose aussi une reconfiguration des effectifs de la mission, en les revoyant à la baisse. En effet, composée de 5700 soldats en en mars 2001, la FINUL pourrait comprendre, selon le Secrétaire général, 3600 personnes jusqu’en janvier 2002. Puis, s’il n’y avait pas d’évolution radicale de la situation dans la région, la reconfiguration pourrait réduire le nombre de soldats à 2000, à la fin juillet 2002. Le 31 juillet 2001, par la résolution 1365 (2001), le Conseil proroge une autre fois le mandat de la FINUL et accepte les termes de la reconfiguration proposée par le Secrétaire.
De plus, le 2 septembre 2004, le Conseil de sécurité demande instamment, par la résolution 1559, le retrait de toutes les forces étrangères au Liban. Cette décision concerne particulièrement un acteur important de cette région, la Syrie, qui maintient encore 14 000 troupes sur le sol libanais depuis leur intervention lors de la guerre civile de 1976. Après cette annonce du Conseil de sécurité, la Syrie replie 3 000 soldats, mais il faudra attendre jusqu’au 26 avril 2005 pour que les troupes syriennes se retirent complètement du Liban. Malgré ces avancements, la situation ne s’améliore pas entre le Hezbollah et l’armée israélienne, ce qui compromet l’efficacité et le redéploiement de la FINUL. Malgré tout, les rapports du Secrétaire et les prorogations du Conseil se succèdent. La situation semble s’envenimer davantage lors de l’assassinat de l’ancien Premier Ministre libanais Rafic Hariri, le 14 février 2005, qui plonge le Liban dans une nouvelle période d’instabilité. Malgré ces évènements et la montée des violations de la Ligne Bleue, ainsi que des escarmouches entre les forces en présence, le Secrétaire général de l’ONU rappelle le rôle crucial de la FINUL dans cette région et demande que l’on ne modifie pas son mandat ni sa structure.
Toutefois, le 12 juillet 2006, la crise s’aggrave alors que le Hezbollah capture deux soldats israéliens à la Ligne Bleue. L’armée israélienne décide donc de riposter par une opération d’envergure, comprenant des attaques terrestres, maritimes et aériennes (cette crise portera plus tard le nom de « guerre des 34 jours »). Cette opération sera la première de cette ampleur depuis le retrait israélien de 2000. Israël bombarde des routes et des ponts, à l’intérieur et à l’extérieur de la zone d’opération de la FINUL, ce qui encourage le Hezbollah à attaquer des positions israéliennes au sud de la ligne de démarcation. Le Secrétaire général, le 21 juillet 2006, dépose un nouveau rapport où il mentionne que les récentes hostilités ont « radicalement changé le contexte » entourant la mission et déplore que la FINUL n’est plus en mesure d’accomplir ses tâches. Comme le mandat de la mission expire le 31 juillet 2006, il demande que son mandat soit prorogé une nouvelle fois, mais seulement pour un mois, le temps d’évaluer la situation et d’émettre des propositions. Cette proposition est acceptée par le Conseil le 31 juillet. (Résolution 1697) Au cours des mois de juillet et d’août, la FINUL tente de remplir son mandat en orchestrant des missions d’aide humanitaire et d’assistance médicale. Ces missions de haut risque coûtèrent la vie à cinq employés des Casques bleus de l’ONUST.
Le 11 août 2006, le Conseil de sécurité adopte la résolution 1701 qui appelle à la cessation immédiate des attaques. Il propose aussi un cessez-le-feu permanent et une solution à long terme qui implique le respect de la Ligne Bleue et l’adoption d’un dispositif de sécurité qui empêche la reprise des hostilités : une zone d’exclusion entre la Ligne Bleue et le fleuve Litani où seuls le gouvernement libanais et la FINUL peuvent circuler. Le mandat de la FINUL est aussi prorogé à nouveau jusqu’au 31 août 2007 et ses effectifs sont élargis à 15 000 hommes. Il est même décidé qu’une composante navale sera ajoutée à la mission. Cette décision fut félicitée par le Secrétaire général et acceptée par le gouvernement libanais. Plusieurs pays ont par la suite annoncé un accroissement de leur contribution à la FINUL « renforcée », dont plusieurs pays de l’Union Européenne, dont la France et l’Italie.
Depuis ce temps, la situation reste tendue des deux côtés de la Ligne Bleue. La FINUL tente toujours de minimiser les conséquences de différentes violations et escarmouches entre Israël et le Hezbollah. Le 24 juin 2007, elle est d’ailleurs pour la première fois victime d’un attentat qui coûta la vie à six Casques bleus espagnols. La mission continue d’être prorogée depuis sa phase « élargie » par la résolution 1701 de 2006.
Mandat
Selon les termes des résolutions 425 (1978) et 426 (1978) du Conseil de Sécurité en date du 19 mars 1978, la FINUL a pour mandat de :
« confirmer le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban ;
rétablir la paix et la sécurité internationales ;
aider le Gouvernement libanais à assurer le rétablissement de son autorité effective dans la région.
Selon la résolution 1701 (2006) du Conseil de Sécurité en date du 11 août 2006, décide que la Force devra, en sus de l’exécution de son mandat au titre des résolutions 425 et 426 (1978) :
contrôler la cessation des hostilités ;
accompagner et appuyer les forces armées libanaises à mesure de leur déploiement dans tout le Sud, y compris le long de la Ligne bleue, pendant qu’Israël retire ses forces armées du Liban ;
coordonner ses activités relatives à l’exécution du paragraphe ci-dessus avec les gouvernements libanais et israélien ;
fournir son assistance pour aider à assurer un accès humanitaire aux populations civiles et le retour volontaire des personnes déplacées dans des conditions de sécurité ;
aider les forces armées libanaises à prendre des mesures en vue de l’établissement de la zone mentionnée d’un dispositif de sécurité qui empêche la reprise des hostilités, notamment établissement, entre la Ligne bleue et le Litani, d’une zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux du Gouvernement libanais et des forces de la FINUL, déployés dans la zone ;
aider, sur sa demande, le Gouvernement libanais à sécuriser ses frontières et les autres points d’entrée de manière à empêcher l’entrée au Liban sans son consentement d’armes ou de matériel connexe. »
|