À ce jour, sa zone d’intervention se limite en Afrique. Aussi, pour la résolution des conflits sur ce continent, le Gabon s’est conformé pendant longtemps au chapitre VI de la Charte des Nations unies (Règlement pacifique des différends) et à la Commission de médiation, de conciliation et d’arbitrage prévue dans celle de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) afin de trouver des solutions aux divers conflits qui secouent le continent en général et la sous-région d’Afrique centrale en particulier. C’est la raison pour laquelle sa diplomatie s’est investie essentiellement dans la médiation de nombreux conflits (Tchad-Libye, Angola, Namibie, Centrafrique, Congo-Brazzaville, etc). Cette diplomatie manifeste l’attachement du Gabon aux initiatives continentales en faveur de la paix. Aujourd’hui, il est l’un des quinze membres du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine (CPS). D’ailleurs, c’est la capitale gabonaise qui a accueilli son premier sommet en janvier 2005. Mais contrairement à certains pays comme le Nigeria, le Ghana, le Sénégal, l’Egypte, le Kenya et dans une moindre mesure la Tunisie qui prennent part aux opérations onusiennes de maintien de la paix (OMP) depuis les années 1960 et ont donc une longue tradition d’intervention ; la participation des Forces armées gabonaises (FAG) aux opérations de paix sur le continent est récente et elle s’est faite en deux phases. Dans un premier temps, il s’est agi d’une participation ponctuelle en 1978 au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo, RDC). Dans un deuxième temps, c’est de façon presque continue que les FAG participent à des opérations de paix, à partir de la Mission de Surveillance des Accords de Bangui (MISAB) en Centrafrique depuis 1997.
Structures décisionnelles politique et militaire
La mise en œuvre de la politique de défense est arrêtée par le président de la République, en sa double qualité Chef de l’État et de Chef suprême des Armées. Celles-ci sont organisées autour du ministère de la Défense nationale et comprennent les armées de Terre, de l’Air, de l’Aviation légère des Armées, de la Marine nationale, du Bataillon des Sapeurs pompiers, du Génie militaire, du Service de Santé militaire, de la Garde républicaine et la Gendarmerie nationale. Les FAG ont en charge de défendre la nation, de sauvegarder l’ordre public et d’assurer le respect des alliances, traités et accords internationaux. Elles doivent aussi rétablir et maintenir la paix dans la sous-région. Tout déploiement des FAG se décide sous l’autorité du président de la République. Soulignons que le Parlement - Assemblée Nationale et Sénat - n’est pas consulté quant à la participation des militaires gabonais à des missions de maintien de la paix.
Au niveau de la CEEAC, c’est la conférence des chefs d’État qui, réunie en Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX), décide de la mise en place d’une opération de maintien de la paix, après étude de la question par les experts militaires et les diplomates. Cette conférence des chefs d’État détermine le mandat et désigne un président ad hoc chargé du suivi de cette mission. Une commission d’experts dans laquelle sont associés les chefs d’état major des États membres fait une évaluation stratégique et opérationnelle. Et c’est le président ad hoc qui se charge de l’exécution de l’opération.
C’est ainsi que l’état-major général des FAG met à sa disposition la nature et le volume des troupes demandées en tenant compte des impératifs techniques, d’efficacité et de la représentativité de toutes les forces armées.
Les différentes participations des forces armées gabonaises aux OMP
Pour concrétiser les efforts diplomatiques, le Gabon se devait de s’engager dans les opérations de paix par une participation militaire, pour ne pas être en marge de ce mécanisme international de règlements de conflits. La présence des troupes gabonaises dans diverses opérations traduit justement cette transition entre les couloirs diplomatiques et les théâtres d’intervention. De 1978 à nos jours, le pays a participé à plusieurs opérations grâce aux différents corps. L’Armée de Terre fournit près de 80 à 90 % des effectifs selon les relèves et le reste est complété par l’Armée de l’Air, l’Aviation légère des Armées, la Marine nationale, les Sapeurs pompiers, le Service de Santé militaire et la Gendarmerie nationale. A ce jour, c’est près de 2300 militaires qui ont pris part à ces opérations.
Sous l’égide de l’ONU
C’est avec la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINURCA), qui succède à la MISAB dans ce pays, que les FAG prennent part d’avril 1998 à février 2000, pour la première fois, à une opération sous bannière onusienne avec une compagnie. Le commandant de cette force était justement un officier gabonais. Depuis lors, le Gabon a envoyé, de façon très modeste, des observateurs militaires dans l’Opération des Nations unies au Burundi (ONUB), de juin 2004 à décembre 2005 et dans les différentes missions effectuées au Soudan. D’abord, dans la Mission préparatoire des Nations unies au Soudan (MINUS), depuis 2005 et dans la Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD) qui remplace la Mission de l’union africaine au Soudan (MUAS), depuis décembre 2007. Et enfin, dans la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT), le pays est représenté par un seul observateur militaire qui est conseiller du Représentant du SG depuis le 6 février 2008.
L’expérience militaire et diplomatique internationale du Gabon s’était déjà illustré lorsque le colonel Alioune Ibaba et le contre-amiral Ignace Martin Mavoungou furent conseillers militaires du Représentant du Secrétaire général et Chef du Bureau d’appui des Nations unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau de 1999 à 2003. Quant au général Barthélemy Ratanga, il a assumé à la fois les fonctions de commandant de la force et de chef de mission au sein de la MINURCA pendant un temps.
Sous l’égide de l’Union africaine et de la CEMAC
A côté de sa participation aux opérations de l’ONU, le Gabon est aussi actif dans les organisations régionale et sous-régionale. La première participation dans une force militaire interafricaine date de juin 1978 dans la province minière du Shaba dans l’ex-Zaïre. Initiée par l’OUA, cette opération avait pour mandat de rétablir l’ordre. A côté d’autres contingents venant du Maroc, du Sénégal, du Togo et de la Côte-d’Ivoire, le Gabon déploya une compagnie. Ensuite, de février 1997 à avril 1998, les militaires gabonais interviennent en Centrafrique dans le cadre de la Mission interafricaine de surveillance des Accords de Bangui (MISAB). En mars 2003, c’est dans la Mission de l’Union africaine au Burundi (MIAB) que les observateurs militaires gabonais prennent part jusqu’à la fin de la mission, le 31 mai 2004. Ils étaient également présents dans la Mission de l’Union africaine au Soudan (MUAS), avec quelques observateurs militaires d’octobre 2004 à décembre 2007 et se sont déversés depuis lors dans la Mission des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (MINUAD).
Au niveau de la sous-région d’Afrique centrale, quelques États de sa Communauté économique et monétaire (CEMAC) à savoir le Gabon, le Congo-Brazzaville et le Tchad sont les contributeurs de la Force multinationale en Centrafrique (FOMUC), depuis novembre 2002, pour résoudre l’une des nombreuses crises politico-militaires qui secoue ce pays. Les Forces armées gabonaises assurent un rôle de leadership dans le cadre de cette force. Pour sa part, le Gabon a versé près 503.000 euros au début de l’opération, 730.182 euros en 2007 et 786.585 euros pour l’exercice 2008. Notons que toutes les opérations effectuées en Centrafrique n’ont eu pour commandants que des officiers gabonais : trois pour la MISAB, un pour la MINURCA et quatre pour la FOMUC. Actuellement les troupes gabonaises sont présentes dans quatre missions de paix : la FOMUC, la MINUS, la MINUAD et la MINURCAT.
En marge de sa participation dans les opérations de paix, le Gabon a accueilli en 2006 près de 1100 militaires de la Force de l’Union européenne (EUFOR) qui allaient surveiller le processus électoral en RDC. Libreville servait de base de départ et de soutien logistique. De plus en plus présent dans les opérations de paix, le Gabon n’est pas moins sollicité pour des médiations dans certaines crises en Afrique. Les cas de la Côte d’Ivoire, du Soudan, du Tchad, du Tchad-Soudan ou de Centrafrique sont souvent examinés à Libreville.
Dans les différentes opérations auxquelles les FAG ont participé, elles ont contribué à ramener la paix dans leur zone d’intervention. En Centrafrique avec la MISAB, elles ont rempli les missions suivantes : la sécurisation de la capitale Bangui et de ses environs ; le désarmement des mutins avec la récupération de près de 94 % d’armes de gros calibre et de 63 % d’armes légères et la restructuration des Forces armées centrafricaines. Avec la MINURCA, il s’est agi de renforcer la sécurité et la stabilité dans la région de Bangui, d’assurer la libre circulation des personnes et des biens, de maintenir l’ordre, d’assurer la formation des policiers et des cadres militaires, de protéger les installations et de superviser les élections. Cette MINURCA a permis au pays de retrouver une certaine stabilité. En ce qui concerne la Force multinationale en Centrafrique, au départ le mandat a consisté à sécuriser la ville de Bangui et ses environs et les institutions démocratiquement élues, avant de s’étendre à l’ensemble du pays.
Au Burundi, les observateurs militaires ont, entre autres, supervisé les opérations de Désarmement, Démobilisation et de Réintégration (DDR) ; ils ont établi des rapports sur le fonctionnement du processus démocratique ; encadré les différentes élections (chefs de collines, législatives et sénatoriales qui conduisent aux présidentielles). Ils ont également veillé au respect des accords de cessez-le-feu par les parties signataires, apporté une assistance médicale aux populations et supervisé la distribution de l’aide humanitaire.
La formation des personnels des opérations de maintien de la paix
Pour être opérationnelles, les forces de défense gabonaises bénéficient de formations dans le cadre du maintien de la paix. Celles-ci se situent à plusieurs niveaux. Il y a d’abord les formations suivies dans les écoles de maintien de la paix (Zambakro en Côte-d’Ivoire avant qu’elle ne soit transférée au Mali à Koulikoro et ensuite à Bamako et à celle d’Accra au Ghana). Ensuite, les formations ponctuelles sont assurées dans le cadre de la coopération bilatérale avec des partenaires tels que l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Angleterre, la Belgique, l’Egypte, l’Italie et la Suisse. Dans le cadre du programme français RECAMP, le pays a organisé une manœuvre « Gabon 2000 » à Lambaréné et a participé à « Sawa » (Cameroun) en 2006. S’agissant du programme américain ACOTA, le Gabon a été admis en 2004, mais les premières formations n’ont débuté qu’en 2006 et se sont poursuivies en 2007. A celles-ci, il faut ajouter les manœuvres organisées au niveau sous-régional dans le cadre de la CEEAC. C’est ainsi que le Gabon a accueilli la manœuvre « Biyongho 2003 » dans la province du Haut-Ogooué et a participé à l’exercice de Brigade d’alerte rapide « Barh-El-Gazel » (Tchad) en 2007. Sa contribution financière pour cet exercice était d’e 65.000.000 FCFA (99.000 euros). Toutes ces manœuvres militaires visent à instruire et à aguerrir l’armée gabonaise. Enfin, au niveau national, l’Ecole d’état-major de Libreville (EEML), qui est une école nationale à vocation régionale (ENVR), organise chaque année des séminaires sur le maintien de la paix pour ses officiers stagiaires venant des divers pays africains. Cela se fait en collaboration avec le Centre Pearson pour le maintien de la paix du Canada, le Comité International de la Croix-Rouge, par son antenne de Yaoundé au Cameroun, et l’école de maintien de la paix de Bamako.
Enfin, dans la sous-région d’Afrique centrale, le Gabon prend activement part à la mise en place du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX) dont les mécanismes de prévention (Mécanisme d’Alerte Rapide, MARAC) et d’intervention (Force Multinationale d’Afrique Centrale, FOMAC) participent à assurer la paix et la sécurité collectives. A cela s’ajoutent les Pactes de non-agression et d’assistance mutuelle signés entre les États membres.
Lucien Manokou
Institut de Recherche en Science Humaine
Libreville, Gabon
22 mai 2008