Politique de maintien de la paix
La Hongrie considère comme une obligation tant politique que morale sa participation à des opérations de paix dirigée par l’ONU, l’OSCE, l’OTAN ou toute autre organisation internationale. La loi oblige ainsi les forces armées hongroises à avoir à disposition des unités capables de mener à bien des missions de maintien de la paix. La stratégie de sécurité nationale de la République de Hongrie stipule également que : « Notre participation active aux opérations de maintien de la paix constitue une tâche et un intérêt national. Elle contribue significativement à l’atteinte de notre objectif stratégique de devenir un membre à part entière de la communauté euro atlantique. »
Au niveau des Nations Unies, la Hongrie prend une part active tant à la réforme de l’organisation qu’aux opérations de paix autorisées par le Conseil de sécurité. La Hongrie reconnaît en effet que « le Conseil de Sécurité de l’ONU doit continuer à être l’organe principalement, mais pas exclusivement, responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale » (stratégie de sécurité nationale de la République de Hongrie). Dès la fin des années 80, la Hongrie a ainsi accepté les obligations dérivant des articles 42 et 43 de la Charte des Nations-Unies en matière de participation aux opérations de paix. Plus récemment, la Hongrie a fait de la création de la Commission de consolidation de la paix des Nations-Unies (Peacebuilding Commission) une de ses priorités (déclaration de la ministre des affaires étrangère devant l’Assemblée générale le 25/09/2006).
L’engagement de la Hongrie dans les opérations de paix provient également de sa volonté d’intégrer l’OTAN et l’Union Européenne. Ceci s’est traduit par la création, en 1991, du Groupe de Visegrad (avec l’ancienne Tchécoslovaquie et la Pologne) et qui vise précisément à favoriser l’intégration de ses membres dans ces deux institutions. La Hongrie fut ainsi l’un des premiers pays à rejoindre le Partenariat pour la Paix proposé par l’OTAN et à engager des négociations avec l’UE en vue d’une adhésion. Dans le domaine militaire, cette évolution se traduit par une réforme profonde visant à passer d’une armée essentiellement consacrée à la défense du territoire national à une armée moins nombreuse, plus performante, et capable de projection de force à l’étranger. Ceci est imposé tant par l’OTAN que par l’exigence de l’UE de pouvoir participer aux missions de Pétersberg.
D’autre part, la Hongrie a, contrairement à ses partenaires du groupe de Visegrad, un intérêt tout particulier à la stabilité des Balkans. Ceci est d’abord dû à la présence de fortes minorités hongroises dans plusieurs pays voisins (Roumanie, Slovaquie et Serbie). Bien que la Hongrie n’ait aucun litige territorial avec ceux-ci, elle est donc concernée par leur situation interne et se doit d’éviter une aggravation des tensions ethniques dans la région. L’autre facteur est constitué par la proximité géographique avec les Balkans, au sud et à l’est du pays.
La Hongrie a donc été particulièrement préoccupée par la situation en Ex-Yougoslavie, d’une part du fait de la présence d’une forte minorité hongroise en Serbie (région autonome de la Voïvodine) et d’autre part de la frontière partagée avec trois États issus de l’ex-Yougoslavie (Slovénie, Croatie et Serbie). En cas d’aggravation ou d’absence de règlement de la crise yougoslave, la Hongrie avait ainsi à craindre pour la minorité vivant en Serbie, un afflux éventuel de réfugiés sur son sol et l’atrophie des échanges économiques avec une zone qui serait restée durablement en état de guerre.
C’est cette situation qui a conduit Arpad Goncz (alors président de la république hongroise) à déclarer, au lendemain de l’intégration de la Hongrie dans l’OTAN que « nous agissons en accord tant avec notre intérêt national que nos obligations en tant qu’allié lorsque nous offrons le plus grand soutien possible à la communauté internationale agissant dans l’intérêt de la paix »
Enfin, il faut signaler que le déploiement de troupes en dehors du cadre des opérations de paix reste fort limité. En Irak, les 300 soldats magyars qui avaient déployées à la suite de l’intervention américaine en 2003 ont ainsi été retirés dès 2005.
Structures décisionnelles politiques et militaires
Aux termes de l’article 19 alinéa 3 de la constitution hongroise tout déploiement de troupes hongroise à l’extérieur des frontières, y compris dans le cadre d’opérations de paix, doit être avalisée par le Parlement.
Il n’existe pas de commandement pour l’ensemble des unités hongroises envoyées en opération de paix. Par exemple, le bataillon hongrois de garde et de sécurité, déployé dans le cadre de la KFOR, est une unité dépendant directement de l’armée de terre.
Évolution de la participation
Avant la fin des années 80, la participation de la Hongrie aux opérations de paix est des plus modeste (une seule mission). Suite à l’insurrection de 1956, l’armée nationale avait en effet été fortement réduite. C’est en 1988 que le gouvernement hongrois, à travers des décisions politiques fortes, des modifications de la constitution et des changements structurels de l’armée, entame un renouveau de la participation de la Hongrie aux opérations de paix.
Ceci se traduit en octobre 1993 par la création du 88ème bataillon de réaction rapide, capable de projection à l’extérieur du territoire national. Ce bataillon a été déployé dans le cadre d’une opération de maintien de la paix pour la première fois en 1995. Le caractère relativement récent de la participation aux opérations de paix explique que, jusqu’à aujourd’hui, seuls trois soldats hongrois ont perdu la vie au cours d’une de ces opérations.
Étant donné l’intérêt de la Hongrie pour la stabilité de ses voisins du sud, il n’est pas surprenant de constater que l’essentiel des déploiements de troupes hongroises s’est fait dans les opérations sur le territoire de l’ex-Yougoslavie. Par craintes de représailles sur la minorité hongroise (non seulement en Voïvodine mais dans toute l’ex-Yougoslavie), la Hongrie n’a pas participé à l’opération UNPROFOR mais a fourni une aide logistique précieuse du fait de sa proximité géographique. Cette aide s’est poursuivie et intensifiée avec l’IFOR auquel la Hongrie a participé en envoyant 416 hommes au début de l’opération. Le contingent est passé à 240 hommes à la fin de l’année 1996, lorsque l’IFOR a été remplacé par la SFOR. L’engagement hongrois en Bosnie-Herzégovine se poursuit aujourd’hui dans le cadre de l’opération EUFOR-Althéa.
Au moment du déclenchement de la crise du Kosovo, en 1999, alors que le pays est entré dans l’Alliance atlantique quelques mois auparavant, la Hongrie n’est pas prête – tant financièrement qu’en moyen humains – à envoyer le contingent réclamé par l’OTAN. Mais l’intérêt de la Hongrie à la stabilité de la région est tel que l’on rassemble, dans de mauvaises conditions, des membres de différentes unités (principalement la 5ème brigade d’infanterie mécanisée) pour constituer le Contingent Hongrois de Garde et de Sécurité (HGSC) fort, au moment de son déploiement, de 350 hommes. Il a pour tâche principale de protéger le quartier général de la KFOR. Ce contingent s’est encore étoffé pour atteindre aujourd’hui 475 hommes.
Un autre déploiement important, conséquence de l’appartenance de la Hongrie à l’OTAN, se fait dans le cadre de l’ISAF en Afghanistan. Le contingent hongrois est affecté aux équipes de reconstruction provinciales. Depuis le 1er octobre 2006, il est basé à Puli Khumri, capitale de la province de Baghlan.
D’autre part, il faut souligner que la Hongrie a mis en place un certain nombre de coopérations régionales dans le domaine du maintien de la paix. C’est d’abord le cas du bataillon roumano-hongrois de maintien de la paix. Décidée en janvier 1997, l’initiative a reçu l’aide de la France et de l’Allemagne. Ce bataillon est devenu officiellement opérationnel au 1er janvier 2000. Il n’a pas été déployé jusqu’à présent. De même, la Force Multinationale Terrestre (Multinational Land Force, MLF) comprend des troupes hongroises, italiennes et slovènes. Initiée en 1998, cette brigade trilatérale est destinée, entre autres, aux opérations de maintien de la paix. Elle est basée à Udine depuis sa mise en place effective en novembre 2001 et n’a pas encore été déployée dans le cadre d’une opération de paix.
Depuis le déploiement du HGSC dans le cadre de la KFOR il y a six ans, le nombre de militaires hongrois servant dans l’ensemble des opérations de paix est resté stable (entre 900 et 1000 hommes). Le nombre relativement important de soldats hongrois actuellement en opération de paix (comparativement à la taille du pays) ainsi que les conditions dans lesquelles la Hongrie a rassemblé son contingent pour le Kosovo, laissent à penser que la Hongrie a aujourd’hui atteint la limite de sa capacité de déploiement de troupes dans des opérations extérieures. Si l’on ajoute que le budget militaire reste en dessous de 2% du Produit Intérieur Brut et que les restructurations des forces armées suite à l’entrée dans l’OTAN ne sont toujours pas achevées, l’on peut prévoir que cette limite pourra difficilement être modifiée dans l’avenir.
Vincent Laborderie
Chargé de cours
Université Laval