
Objectifs
Conçue à l’origine pour lutter contre les sécheresses récurrentes dans la sous-région, la Communauté, affectée par des conflits qui ravagent la région depuis plusieurs décennies, n’a eu que très peu de temps pour se concentrer sur son mandat initial qui était d’encourager et de coordonner le développement des États membres, en soutenant la création d’une vaste zone de libre échange et d’un véritable marché commun. L’IGAD se fixe désormais pour missions de réaliser la coopération régionale et l’intégration économique par la promotion de la sécurité de nourriture, de la gestion de l’environnement, du commerce intra-régional et du développement des infrastructures. Mais elle vise surtout à promouvoir la paix et la stabilité dans la sous-région et à créer des mécanismes pour la prévention, gestion et la résolution des conflits entre les États et à l’intérieur des États par le dialogue.
Architecture de paix pour la sous-région
L’article 18 de l’Accord portant création de l’IGAD, qui fixe les règles de résolution des conflits, prévoit que « les États membres réagissent collectivement en vue de garantir la paix, la sécurité et la stabilité comme conditions préalables au développement économique et au progrès social ». Ainsi, un Département pour la gestion des conflits a été créé au sein de l’Autorité en vue de mener à bien les objectifs de paix et de sécurité dans la sous-région.
Dans le cadre de son rôle dans le maintien de la paix régional, l’un des aboutissements déterminants de la sous-région est l’adoption par l’Autorité, le 9 janvier 2002, d’un Protocole sur la création du Mécanisme d’alerte précoce et de réaction aux conflits pour les États membres de l’IGAD (CEWARN-Conflict Early Warning and Response Mechanism) dont le siège a été inauguré le 30 juin 2003.
L’objectif du CEWARN est d’assurer l’alerte rapide et la réaction par rapport aux conflits dans la région. Aussi, le Mécanisme est chargé de la collecte, de la vérification, du suivi et de l’analyse des informations concernant les risques de conflits graves, reçues notamment par les CEWERUs dont il communique les résultats aux organes de décision. Il propose des options de réponses.
La structure
Le Mécanisme qui fait partie intégrante de l’IGAD est constituée par :
Une branche politique : Assemblée des chefs d’État- Conseil- Comité ;
Une branche administrative ;
Une branche chargée de la coopération ;
Une branche technique qui comprend un CEWARN Unit et des CEWERUs.
Le CEWARN Unit est chargé :
de créer et gérer les données ;
d’établir les réseaux de coopération en matière d’alerte précoce et de réaction aux crises ;
d’harmoniser les informations, les politiques et les systèmes d’alerte de pays membres ;
de développer la coopération entre les CEWERUs et leur apporter l’assistance technique.
Les CEWERUs (National Conflict Early Warning and Early Response Unit), quant à eux sont chargés de la collecte d’informations relative à l’alerte rapide au niveau des Etats membres.
L’IGAD est par ailleurs chargée de jouer un rôle intérimaire de coordination dans la création de la Brigade d’intervention d’Afrique de l’Est (EASBRIG) opérant dans le cadre de la Force interafricaine de l’Union Africaine, approuvée lors du sommet d’Addis Abeba en juillet 2004.
La Brigade de la région Est concerne treize États de l’Afrique de l’Est et de l’Océan Indien (Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Maurice, Ouganda, Rwanda, Seychelles, Somalie, Soudan, Tanzanie). La réunion des chefs d’état-major de février 2004 a décidé que l’IGAD assurerait la coordination de la phase de mise en place de l’EASBRIG jusqu’à la création d’un organisme ad hoc et qu’elle assurerait temporairement la mission de secrétariat, de recherche et de gestion du financement. Étant donné que les pays de l’EASBRIG ne sont pas tous membres de l’IGAD, les chefs d’état-major ont décidé, dans le cadre politique pour la création de la Brigade que le mot approprié pour désigner le rôle de l’Autorité serait « coordination intérimaire ». Ils ont par ailleurs décidé de constituer un Comité des chefs d’état-major qui répondrait devant le Conseil des ministres de la Défense et de la Sécurité, mais aussi un PLANELM permanent pour l’EASBRIG composé d’un noyau d’officiers de chaque Etat membre. Le PLANELM régional est une structure permanente et séparée responsable de la préparation de la Force.
Les organes décisionnels de l’EASBRIG sont la Conférence des chefs d’État, le Conseil des ministres et le Comité des chefs d’état-major. L’EASBRIG devrait être appuyée par une infrastructure logistique centralisée basée au niveau régional, qui mobiliserait également des initiatives et une assistance extérieures disponibles. Le mandat de l’EASBRIG devait connaître plusieurs phases : d’abord sous le chapitre VI de la Charte de l’ONU, mais un mandat plus énergique est prévu en cas de violations graves des droits de l’homme et de génocide et la Brigade opérera sous chapitre VII à l’horizon 2010.
En vue de l’établissement de cette Brigade, les chefs d’État d’Afrique de l’Est ont tenu un sommet le 11 avril 2005 à Addis Abeba qui a décidé de consacrer un budget annuel de 2,5 million de dollars pour la mise ne place de la Brigade en attente.
Le 15 septembre 2005, le Conseil des ministres de la Défense et de la Sécurité a décidé de créer un mécanisme indépendant de coordination de l’EASBRIG, en remplacement de l’IGAD dans son rôle intérimaire de coordination et de coopération dans la région qui inclut les pays non membres de l’IGAD.
En octobre 2005 la Conférence des chefs d’État a lancé la Stratégie de paix et de sécurité de l’IGAD. Cette stratégie vise à stimuler, faciliter et harmoniser les politiques nationales de sécurité, mais aussi à développer et mettre en œuvre un mécanisme pour prévenir, gérer et résoudre les conflits dans la sous-région. Naturellement cette Stratégie repose sur les mécanismes principaux que sont le CEWARN et l’EASBRIG. Même si l’IGAD ne compte que sept États, elle coordonne l’action de treize pays, dans le cadre de la Force Africaine en Attente. Plusieurs d’entre eux ont promis de mettre à disposition des troupes en cas de nécessité. Certains pays ont offert leurs centres de formation pour la formation et les exercices d’entraînement pour la paix.

- Carte : IGAD
Malgré son implication, par la médiation notamment dans les conflits en Somalie et au Soudan, les efforts de l’IGAD sont moins développés que ceux de la CEDEAO ou de la SADC par exemple en matière de mécanismes institutionnels de coopération pour la paix et la sécurité ou d’éventuelles interventions militaires. Son potentiel reste très négligeable, mais l’IGAD s’est vu accorder de nouvelles responsabilités.
La Mission de soutien de la paix de l’IGAD en Somalie : IGASOM
Dans le cadre de son implication en Somalie, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine a avalisé, lors du sommet d’Abuja, du 24 au 31 janvier 2005, la décision de confier à l’IGAD le soin d’organiser le déploiement d’une force de paix en Somalie, afin de soutenir les institutions fédérales de transition du pays et aider à la réinstallation du gouvernement à Mogadiscio, la capitale. Le 7 février 2005, le Conseil de paix a autorisé effectivement l’IGAD à déployer une mission d’appui à la paix en Somalie, en attendant le déploiement d’une mission de l’Union Africaine. La Mission de soutien de la paix de l’IGAD en Somalie (IGASOM) est décidée par l’Autorité en avril 2005 et l’Union Africaine a autorisé sa première phase le 12 mai 2005.
Madeleine Odzolo Modo
Doctorante en droit international public
Université de Grenoble II