Politique de maintien de la paix
Le Kenya bénéficie auprès des organisations onusiennes d’une grande crédibilité liée à sa stabilité politique et à son respect du principe de non-usage de la force. Il s’est appliqué à remplir les obligations que lui avaient assigné les Nations Unies et contribué à de nombreuses opérations de paix. Les principes de base de sa politique étrangère sont articulés autour du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des autres États, du bon voisinage et de la coexistence pacifique, du règlement pacifique des conflits, de non-intervention dans les affaires internes d’un autre État, de non-alignement et d’adhésion à la Charte des Nations Unies et de l’Union africaine. La paix et la stabilité constituent, selon les termes de sa politique étrangère, le prérequis du développement socio-économique kenyan.
Le Kenya affiche sa préférence pour le règlement multilatéral des conflits à travers le système des Nations unies. Il est plus prudent quant aux opérations menées sous mandat de l’Union africaine qui pourraient poser des problèmes d’impartialité. Le Kenya a souscrit au système de forces en attente des Nations Unies. En revanche, il n’a pas encore fait de contribution au Fonds de paix de l’Union africaine. Il soutient, en outre, les opérations de maintien de la paix plutôt que celles d’imposition de la paix qui contredisent les principes de non-intervention de la Charte de l’Union africaine.
Structures décisionnelles politiques et militaires
Le quartier général de l’armée est responsable de la sélection et de l’entraînement des officiers et des hommes participant aux missions de paix. Il établit les objectifs de la formation, fournit la logistique, identifie les installations pour l’entraînement et supervise la formation.
Évolution de sa participation aux opérations de paix
Bien que le Kenya soit un petit pays, il s’est imposé dans les débats sur la gestion des conflits par sa participation active et ancienne aux opérations de paix. Il fait partie, avec le Ghana et l’Afrique du Sud, des leaders africains en matière de prévention des conflits et de médiation. Il s’est impliqué tant au niveau diplomatique, humain que financier dans 27 missions de paix des Nations Unies. Il est au treizième rang des pays contributeurs de troupes pour les missions de l’ONU, au troisième rang des pays africains après le Nigeria et le Ghana. Il est le troisième pays contributeur en nombre de civils déployés et le sixième en termes d’observateurs militaires (61 au 30 septembre 2005). En mars 2006, 1500 troupes kenyanes étaient déployées dans neuf pays (dont huit pays africains) dans le cadre de missions des Nations Unies.
Le Kenya a largement collaboré aux efforts de maintien de la paix depuis l’envoi d’observateurs militaires au Zimbabwe en 1979 (CMZF) et le déploiement de son premier contingent militaire en Namibie en 1989. Entre 1979 et 2005, le Kenya a déployé 1874 hommes dont 54 observateurs militaires, 70 policiers et 1750 soldats. Son action s’est concentrée dans la corne de l’Afrique et dans son environnement régional proche mais des contingents kenyans ont également été déployés au Moyen Orient, en Europe centrale et en Asie. Plusieurs officiers de l’armée kenyane ont occupé des postes importants au sein des missions onusiennes de l’UNOMIL (Liberia), l’UNUMOZ (Mozambique), l’UNPROFOR (République fédérale de Yougoslavie) ou encore de l’UNMOP (Croatie).
Le Kenya s’est investi dans diverses fonctions des opérations de paix. Il a servi de base arrière logistique aux opérations de paix notamment américaines au Sud Soudan, en Somalie, dans les grands lacs et dans le cadre du conflit Erythrée/Éthiopie. Depuis la crise au Congo dans les années 1960, le Kenya a été un élément très actif des médiations entreprises par l’Union africaine et l’IGAD. Il a acquis une crédibilité importante en matière de règlement pacifique des conflits et multiplié les entreprises de conciliation au Mozambique, en Angola, au Tchad, lors du conflit Erythrée-Éthiopie, etc. Il a accueilli sur son territoire la conférence de réconciliation nationale somali. Au sein de l’IGAD, le Kenya s’est particulièrement illustré dans le processus de paix soudanais initié en 1993. Ses tentatives de conciliation visant à rétablir les relations diplomatiques entre l’Ouganda et le Soudan ont également été couronnées de succès. En 1997, l’ancien Président Moi avait réuni à Eldoret les Présidents ougandais et soudanais. Les négociations, menées avec le soutien du Centre Carter, aboutirent à l’accord de Nairobi en 1999. C’est également sous les auspices de son successeur Mwai Kibaki qu’a été signée la Déclaration de Nairobi de juin 2004 scellant l’accord de paix conclu entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan.
Sa participation en termes de ressources humaines s’est à la fois modifiée et accrue lors du changement démographique du personnel des opérations de paix dans la deuxième moitié des années 1990. Dans les premières missions de paix auxquelles il a participé, le Kenya a essentiellement déployé des observateurs militaires, comme c’est encore le cas actuellement au Darfour avec l’envoi depuis 2004 ans d’une force kenyane de 60 policiers et de 64 observateurs civils et militaires. Un contingent de 323 hommes a été déployé en septembre 2000 pour surveiller le respect de la cessation des hostilités entre l’Érythrée et l’Éthiopie et favoriser le respect des obligations en matière de sécurité. En juin 2004, un contingent kenyan de 1001 hommes a été déployé au Burundi dans le cadre de l’ONUB pour assurer le respect des accords de cessez-le-feu du 7 octobre et 2 novembre 2002.
Le Kenya s’est également investi dans la formation au maintien de la paix en accueillant le Peace Support Training Centre (PSTC), une école de formation régionale, créé en août 2001 et contribuant au programme de renforcement des capacités est-africaines. Les officiers de l’armée kenyane sont déjà formés à la fois par des institutions nationales et étrangères, en Grande-Bretagne, aux États-unis, au Pakistan, en Inde dans des institutions qui consacrent une partie de leur enseignement aux opérations de paix ou à la résolution des conflits. Le Defence Staff College Karen est en charge de la formation aux opérations de paix des forces armées et du commandement kenyans. Depuis les années 1990, le Kenya dispose d’un programme de formation élaboré pour les participants aux missions de maintien de la paix comprenant compétences militaires de base, informatique, droits de l’homme, droit humanitaire international et droit international des conflits armés.
La durée de l’entraînement de toutes les unités et du personnel de maintien de la paix prend entre 6 et 10 semaines selon la nature de l’opération. Elle comprend : la Charte de l’Union africaine et celle des Nations unies, les résolutions pertinentes des Nations unies, l’organisation des Nations Unies et de l’UA, les relations civils-militaires ainsi que les liens avec les agences civiles de l’ONU, le droit humanitaire international, l’histoire du conflit, l’analyse du mandat de la mission, la composition de la force et le soutien logistique et les compétence de négociation et de médiation. Ce cursus lui a permis de produire du personnel hautement qualifié. Les unités et le personnel kenyans sont formés aux principes d’impartialité, de négociation, de médiation et reçoivent une formation comportementale des soldats en mission de paix.
Le Kenya a été un point d’accueil de plusieurs séminaires de maintien de la paix. En 2002, 36 représentants originaires de 22 pays ont participé au PSTC au premier séminaire de formation standard des Nations Unies, sponsorisé par le Département des Nations unies pour les opérations de paix. Le Kenya a été désigné pour accueillir les quartiers généraux régionaux africains de cette formation.
Enfin, le Kenya est avec le Bénin, le Botswana, l’Éthiopie, le Ghana, le Malawi, le Mali, le Mozambique et le Sénégal, l’un des neufs pays africains participant au programme américain de l’ACOTA - African Crisis Operations Training and Assistance (ancien ACRI - African Crisis Response Initiative). Les troupes kenyanes, considérées comme l’un des partenaires majeurs des États-unis pour la mise en œuvre de ce programme, participent depuis 2003 à l’entraînement de 1000 hommes qui viendront s’ajouter aux 16 000 déjà entraînées depuis 1997 dans le cadre de l’ACRI.
Sandrine PERROT
Chercheure post-doctorale au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).