COLLOQUE INTERNATIONAL
Les organisations internationales au coeur des crises
Configurations empiriques et jeux d’acteurs
Organisé par le Groupe de Recherche CNRS « Face aux Crises Extrêmes »
Paris, 16 et 17 octobre 2008
Conflits armés, catastrophes naturelles, crises financières, effondrements étatiques… Les « crises » aux formes diverses (et souvent contestées), infranationales, nationales ou internationales, sont aujourd’hui l’objet d’interventions croissantes d’organisations internationales. ONU, HCR, OTAN, FMI, FAO, UE, OSCE, PNUD, BM, G8, AIEA, UA… La liste serait bien longue, et l’on pourrait y ajouter tous les dispositifs ad hoc, créés le temps d’une crise, pour la crise dont ils contribuent à dessiner les contours, à l’instar du Quartet pour le Proche-Orient ou du Groupe de Contact pour les Balkans.
L’objectif de ce colloque est de contribuer à l’analyse et à l’explication de la place croissante qu’occupent les organisations multilatérales dans la gestion internationale de la sécurité politique. Les recherches restent largement à mener, et ce d’autant que les théories des relations internationales qui sont généralement utilisées pour répondre à ces questions ne constituent pas toujours des cadres conceptuels très féconds. Les approches dominantes, en particulier néo-réalistes, font peu de cas des organisations internationales, réduites au rang de simples instruments des Etats. Même les institutionnalistes néolibéraux, attachés à un axiome intergouvernementaliste irréductible, limitent bien souvent l’apport et l’impact de ces organisations à quelques économies potentielles de coûts de transactions.
Si les théories classiques pourront être en partie revisitées pour appréhender plus finement le rôle et l’action des organisations multilatérales, c’est aussi à l’aide d’autres approches, plus sociologiques des relations internationales (et plus solidement ancrées empiriquement)
que l’on pourra saisir à plusieurs niveaux, ce que font et ce que fondent ces organisations. Plus généralement, c’est la fécondité du dialogue entre concepts et matériaux empiriques, solidement établis, qui sera ici privilégiée.
Dans cette perspective, de nombreuses questions peuvent être soulevées.
Pourquoi et comment une situation politique est-elle perçue et construite comme une crise potentiellement « gérable » en tout ou partie par des institutions multilatérales ? Pourquoi et comment les membres des organisations internationales, les bureaucraties
supranationales, les tiers (destinataires directs ou non de l’éventuelle opération) interpellent-ils les organisations internationales ? Et quelles sont les conditions du succès ou de l’échec de la mise sur agenda ?
Contrairement à l’image spontanée que ces organisations donnent d’elles-mêmes, reposant sur une définition procédurale de l’action, ces processus ne sont pas séquentiels. La « crise » n’est pas nécessairement un préalable à l’impulsion d’une action. Les préférences et même les intérêts à agir ne sont pas tous directement connectés aux évènements pris en charge. Et de surcroît, ils peuvent se redéfinir dans le cours de l’action. Il s’agirait dès lors d’identifier les dynamiques de négociation, les logiques d’investissement dans le jeu, la (re)construction
des stratégies – voire même des positions –, les modalités d’alliances et les ressources mobilisables dans ces arènes bien souvent imbriquées les unes aux autres.
Ces négociations sont en même temps conditionnées par les règles officielles et pragmatiques du jeu, par les points d’appui institutionnalisés et l’historicité propre de chacune de ces arènes. Les acteurs qui subissent, confortent et saisissent ces appuis ont une
trajectoire et des aspirations qui ne sont pas sans incidence sur le déroulement du jeu. Qui sont les négociateurs, les « experts » ? Observe-t-on de nouvelles formes de professionnalisation, de nouvelles carrières de « gestionnaires » de crises ? Avec quels effets sur la construction des problèmes et des solutions internationales ?
L’intervention s’inscrit dans des dispositifs institutionnels, plus ou moins consolidés. Que savons-nous des routines des organisations internationales ? Comment sont-elles appropriées, réactivées ou parfois contournées par les acteurs ? Comment circulent les outils, les manières de faire, d’une organisation à l’autre, d’une opération à l’autre ?
Comment s’opèrent les mobilisations locales ? Comment sont-elles relayées politiquement, médiatiquement, par des ONG, bureaucratiquement et avec quels effets ? En quoi la
perspective d’une intervention internationale affecte les dynamiques locales, les anticipations et les enjeux ? Une fois lancée (et même avant) l’intervention doit s’insérer dans un ensemble de jeux complexes, mettant en prise de nombreux acteurs dont le statut et les intérêts sont souvent divergents et pour certains, fondamentalement antagonistes.
Comment dès lors s’établit la place de l’organisation internationale ?
Comment s’articulent les interventions simultanées – et parfois concurrentes – d’organisations internationales sur les mêmes sites, à plusieurs niveaux ? Et plus généralement, peut-on identifier des
récurrences dans les modalités de divisions du travail avec les autorités, les partis en conflit, les ONG, les autres organisations internationales ?
La « gestion » des crises par les organisations internationales est dans le même temps un vaste (et lourd) processus d’innovation institutionnelle, de coopérations et de tensions dans les administrations même des Etats contributeurs. La génération de moyens n’en demeure
pas moins cruciale pour la dotation en ressources de l’organisation. Pourquoi participer à ce nouvel effort collectif ? Quels sont les risques et les opportunités qui se présentent aux militaires, magistrats, diplomates, policiers, gendarmes et autres « experts » ? Comment se
concrétisent les offres d’engagement ? Avec quelles incidences et quelles nouvelles attentes sur les opérations futures ? En d’autres termes, comment les instruments de « gestion » des crises se construisent-ils, se consolident-ils ou s’émoussent, se reconfigurent dans le cours même de l’action ?
ORGANISATEURS
COMITE DE PILOTAGE du COLLOQUE
David AMBROSETTI, ISP/CNRS - Nanterre
Yves BUCHET de NEUILLY, CERAPS, Université Lille 2
Nadège RAGARU, ISP/CNRS - Nanterre
Johanna SIMEANT, CRPS, Université Paris 1
COMITE SCIENTIFIQUE du COLLOQUE
Didier BIGO (Institut d’Etudes Politiques de Paris – CERI)
Pascal DAUVIN (Université de Versailles St Quentin)
Barbara DELCOURT (Université Libre de Bruxelles)
Guillaume DEVIN (Institut d’Etudes Politiques de Paris)
Michel DOBRY (Université Paris 1 – CRPS)
Liora ISRAEL (EHESS – CMH)
Sandrine LEFRANC (ISP – CNRS)
Ron LEVI (University of Toronto)
Roland MARCHAL (CERI)
Sandrine PERROT (CERI)
Pascal VENNESSON (Institut Universitaire Européen de Florence)
MODALITES PRATIQUES
Prise en charge des intervenants
L’hébergement, les déplacements et les repas des intervenants seront pris en charge par le GDR.
Les dates
retour des avis du comité de lecture : 30 juin 2008 au plus tard
réception attendue des communications sous leur forme définitive et électronique : 30 septembre 2008. Les contributions ne devront pas dépasser 50 000 signes.
Les communications auront lieu en français ou en anglais.
Pour tout renseignement sur le contenu des débats, contacter :
David Ambrosetti
Yves BUCHET de NEUILLY, CERAPS, Université Lille 2, yves.buchetdeneuilly(a)univ-lille2.fr
Nadège RAGARU, ISP/CNRS - Nanterre, nadege.ragaru(a)sciences-po.org
Johanna SIMEANT, CRPS, Université Paris 1, jsimeant(a)univ-paris1.fr
Site officiel du CNRS : http://www.cnrs.fr/accueil.html