Historique
Quatre ans après avoir acquis son indépendance en 2002 au terme d’une lutte sanglante de 25 ans contre le pouvoir indonésien, le Timor-Leste a connu en 2006 sa première crise grave. Le conflit opposant les militaires rebelles aux forces de police et à l’armée régulière est emblématique des problèmes de l’après-indépendance du jeune État timorais confronté à une crise économique, aux questions identitaires et à la normalisation de la vie politique. Les soldats rebelles, considérés comme des héros nationaux par la population, réclament un traitement à la hauteur de leur contribution à l’indépendance. Originaires principalement de l’ouest, ils s’estiment victimes de discrimination par rapport à leurs homologues de l’est, une division déjà sensible pendant la lutte pour l’indépendance et aggravée par la structure du pouvoir actuel. En effet, les hautes fonctions gouvernementales sont occupées par d’anciens exilés et des représentants de l’est.
Sourd aux revendications des 600 soldats rebelles, le gouvernement dirigé par Mari Alkatiri décide au contraire de les révoquer. Les premiers troubles éclatent le 28 avril 2006 au cours d’une manifestation en faveur des soldats révoqués. Depuis cette date, les troubles ne font que gagner en intensité alors que des milices pro-gouvernementales se joignent aux forces régulières, alors que des milliers d’habitants fuient la capitale Dili. Le 24 mai, les autorités timoraises demandent aux gouvernements de l’Australie, de la Malaisie, de la Nouvelle-Zélande et du Portugal l’envoi urgent de forces militaires et policières, dans le but d’aider à rétablir rapidement l’ordre public, le respect de la loi, la normalité et la stabilité. Le 26 mai, les premiers éléments des forces multinationales de l’opération sont déployés afin de sécuriser l’aéroport de Dili dans le cadre d’une force internationale de sécurité, l’opération ASTUTE.
La démission forcée, le 26 juin 2006, du premier ministre Mari Alkatiri, accusé d’avoir aidé à armer les milices pro-gouvernementales, et la nomination à ce poste du prix Nobel de la paix (1996) Jose Ramos-Horta, le 9 juillet, ramènent un semblant de calme. Cependant l’instabilité politique demeure, opposant les partisans du premier ministre déchu et ceux du président Xanana Gusmao, héros de la résistance et symbole vivant de l’indépendance. La réélection de Mari Alkatiri à la tête du parti FREITILIN, parti majoritaire, laisse envisager un processus de réconciliation et de normalisation politique particulièrement mouvementé alors que se profilent les élections de 2007, et alors que, selon le coordinateur humanitaire de l’ONU, Finn Reske-Nielsen, « il y a encore des armes dans la population, ceux qui ont commis des crimes lors de la crise n’ont pas été poursuivis ».
C’est dans ce contexte que l’envoyé spécial du Secrétaire-Général des Nations Unies au Timor-Leste, M. Ian Martin, recommande le déploiement d’une mission élargie de l’ONU dans le pays afin d’assurer la crédibilité des élections prévues en 2007. Selon M. Martin, « l’échec central révélé par la crise récente dans le pays concerne le secteur de la sécurité, et la reconstitution d’un service de police au Timor Leste est au coeur de la tâche qui attend cette nouvelle mission ».
Prenant en considération la recommandation de M. Martin, le Conseil de Sécurité a décidé de déployer la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste par le vote de la résolution 1704 le 25 août 2006. Cette nouvelle mission, dont la durée initiale est de 6 mois, remplace donc le Bureau des Nations unies au Timor-Leste (BUNUTIL) et possèdera une composante civile (1608 hommes) et militaire (34 officiers d’état major et de liaison).
Toutefois, le climat politique et les conditions de sécurité restent instables dans la région. Le Conseil de Sécurité de l’ONU décide donc, par la résolution 1745 du 22 février 2007, de proroger une première fois le mandat de la MINUT jusqu’au 26 février 2008. La MINUT s’active grandement dans l’encadrement des élections présidentielles d’avril 2007, qui se déroulent dans un calme relatif. Par la suite, vient le tour au Parlement de renouveler ses élus, le 30 juin 2007. Bien qu’un gouvernement majoritaire ne soit pas élu à ce moment, la MINUT s’est quand même engagée à travailler de concert avec lui « en particulier dans les domaines de la gouvernance démocratique, de l’état de droit, du secteur de la sécurité et des programmes de développement socioéconomique ».
Malheureusement, le gouvernement minoritaire peine à se former avec les partis de l’opposition, ce qui entraîne une certaine instabilité et tension entre les factions en présence. En septembre 2007, un gouvernement est officiellement formé, et le Secrétaire général de l’ONU en profite pour inviter le Conseil de Sécurité à proroger le mandat de la MINUT jusqu’en 2012, arguant que cette mission sera toujours nécessaire au-delà de 2010. Il mentionne que « malgré l’amélioration générale de la situation sécuritaire dans l’ensemble du pays, le Timor-Leste continue de faire face à d’énormes défis ».
Le 11 février 2008, des attentats visent le président Horta, grièvement blessé, et le premier ministre Gusmao, ce qui provoque une intervention de l’Australie. Le mandat de la MINUT sera par la suite proroger par le Conseil de Sécurité jusqu’au 26 février 2009. (résolution 1802).
Mandat
Selon la résolution 1704 du 25 août 2006, la MINUT a pour mandat :
a) D’appuyer le Gouvernement et les institutions pertinentes en vue de consolider la stabilité, de promouvoir une culture de gouvernance démocratique et de faciliter le dialogue politique entre les parties prenantes timoraises dans leurs efforts visant à lancer un processus de réconciliation nationale et à favoriser la cohésion sociale ;
b) D’aider le Timor-Leste en ce qui concerne tous les aspects des élections présidentielle et parlementaires de 2007, notamment en fournissant un soutien technique et logistique, en donnant des avis en matière de politique électorale, en validant les résultats ou en offrant d’autres moyens ;
c) D’assurer, grâce à la présence de la police des Nations Unies, le rétablissement et le maintien de la sécurité publique au Timor-Leste par un appui à la Police nationale timoraise (PNTL), comme énoncé dans le rapport du Secrétaire général, notamment en assurant à titre provisoire l’application des lois et la sécurité publique jusqu’à ce que la PNTL soit reconstituée, d’aider à poursuivre la formation et le développement institutionnel de la PNTL et à renforcer la Police nationale et le Ministère de l’intérieur, et d’aider également à planifier et à établir les dispositifs de sécurité liés aux élections pour préparer convenablement la Police nationale à s’acquitter de son rôle et de ses responsabilités pendant le déroulement des élections de 2007 ;
d) D’appuyer le Gouvernement de la République démocratique du Timor-Leste grâce à la présence impartiale d’officiers de liaison des Nations Unies, d’assurer la liaison concernant les tâches en matière de sécurité et d’établir une présence continue dans les trois districts frontaliers aux côtés de policiers armés des Nations Unies affectés aux postes de police de ces districts ;
e) D’aider le Gouvernement de la République démocratique du Timor-Leste à mener une étude d’ensemble du rôle et des besoins futurs du secteur de la sécurité, y compris les Falintil-Forças Armadas de Defesa Timor-Leste, le Ministère de la défense, la PNTL et le Ministère de l’intérieur, en vue d’appuyer le Gouvernement, grâce à des conseillers et en coopération et en coordination avec les autres partenaires, en ce qui concerne le renforcement des capacités institutionnelles, selon qu’il conviendra ;
f) D’aider, en coopération et en coordination avec les autres partenaires, à renforcer les capacités institutionnelles de l’État et du Gouvernement dans des domaines où des compétences spécialisées sont nécessaires, tels que le secteur de la justice, et de promouvoir un « pacte » entre le Timor-Leste et la communauté internationale afin de coordonner l’action du Gouvernement, de l’Organisation des Nations Unie et des autres contributeurs multilatéraux et bilatéraux à l’égard des programmes prioritaires ;
g) De contribuer à renforcer encore les capacités et mécanismes institutionnels et sociaux existants de suivi, de promotion et de protection des droits de l’homme et de promotion de la justice et de la réconciliation, notamment en ce qui concerne les femmes et les enfants, d’observer la situation des droits de l’homme et d’en rendre compte ;
h) De faciliter l’octroi d’une aide humanitaire ainsi que l’accès aux Timorais qui en ont besoin, en privilégiant les groupes sociaux les plus vulnérables, en particulier les personnes déplacées, les femmes et les enfants ;
i) De contribuer à l’application des recommandations pertinentes figurant dans le rapport du Secrétaire général sur la justice et la réconciliation, et notamment d’aider le Bureau du Procureur général du Timor-Leste, en lui adjoignant une équipe d’enquêteurs expérimentés, à s’acquitter des fonctions d’investigation qui étaient celles de l’ancien Groupe des crimes graves, afin de mener à son terme l’instruction des affaires de violations graves des droits de l’homme commises dans le pays en 1999 restées en suspens ;
j) De coopérer et de se concerter avec les organismes, fonds et programmes des Nations Unies et avec tous les partenaires compétents, notamment les institutions financières internationales et les donateurs, dans le cadre de l’exécution des tâches susmentionnées, selon les besoins, afin d’utiliser au mieux l’aide bilatérale et multilatérale actuellement apportée au Timor-Leste, ou qui le sera à l’avenir, au titre de la consolidation de la paix et du renforcement des capacités au lendemain du conflit, et d’aider le Gouvernement et les institutions compétentes, en coopération et en coordination avec d’autres partenaires, à concevoir des politiques et stratégies de réduction de la pauvreté et de croissance économique afin que le plan de développement du Timor-Leste puisse être mené à bien ;
k) D’intégrer une démarche soucieuse d’équité entre les sexes et de prendre en compte les vues des enfants et des jeunes dans les politiques, programmes et activités de la Mission et, de concert avec d’autres organismes, fonds et programmes des Nations Unies, d’appuyer l’élaboration d’une stratégie nationale de promotion de l’égalité entre les sexes et de la démarginalisation des femmes ;
l) De communiquer au peuple timorais des informations objectives et précises, en particulier s’agissant des prochaines élections de 2007, d’amener le peuple timorais à mieux comprendre les activités de la MINUT et d’aider à mettre en place des médias ;
m) D’assurer, dans les limites de ses moyens et dans les zones où elle se déploie, et en coordination avec les forces internationales de sécurité, la sécurité et la liberté de circulation du personnel des Nations Unies et du personnel associé et de protéger le personnel, les installations et le matériel des Nations Unies ainsi que les articles humanitaires associés à l’opération ;
n) De suivre et d’examiner les progrès accomplis quant aux aspects visés aux alinéas a) à m) ci-dessus.
27 juillet 2008