Politique de maintien de la paix
En vertu d’accords bilatéraux ou multilatéraux entre États ou coalitions d’États ou sur la base d’accords de cessation d’hostilités signés entre les parties, le Maroc a souvent eu recours à ses forces armées pour faire du rétablissement de la paix. C’est ainsi qu’il a envoyé des contingents en Égypte en 1967 et sur le Plateau du Golan en 1973 lors des crises du Proche-Orient. En juin 1977, le Maroc déploya quelques uns de ses bataillons au Zaïre, (actuelle RDC) pour préserver l’intégrité du régime de Mobutu, laquelle était menacée par des forces venues de l’Angola voisin (sous le contrôle conjoint des communistes soviétiques et cubains). La même année, les forces armées marocaines s’étaient illustrées en Mauritanie, lors des affrontements avec le Front Polisario pour le contrôle du Sahara occidental.
Sur la péninsule arabique, les forces marocaines sont déployées depuis 1986 aux Émirats Arabes Unis (entre 2000 militaires et policiers) pour stabiliser la région. Plus de 1.500 soldats marocains furent détachés en Arabie saoudite sur la base d’un arrangement bilatéral, lors de la Guerre du Golfe en 1991. Le Maroc s’efforce aussi d’accroître son influence diplomatique, en tant que médiateur dans le conflit israélo-arabe. Aujourd’hui, le Maroc participe à l’effort de paix dans plusieurs pays (au Congo pour la MONUC, en Côte d’Ivoire pour l’ONUCI, en Bosnie-Herzégovine pour l’EUFOR, au Kosovo pour la KFOR, en Haïti pour la MINUSTAH…).
Structures décisionnelles politiques et militaires
Respectueux de la légalité internationale et attaché au règlement pacifique des différends, le Maroc souscrit aux principales conventions internationales en faveur de la paix. En vertu de sa constitution, le Maroc réaffirme son engagement à participer pleinement au maintien et à la consolidation de la paix dans les principales régions du monde en conflit.
Au niveau politique, le Maroc se caractérise par une monarchie constitutionnelle, sociale et démocratique qui se base sur la Charia (loi islamique), selon l’article premier du nouveau texte constitutionnel adopté en référendum, le 13 septembre 1996. Le Roi du Maroc porte le titre de « Chef suprême et Chef d’État-major général des Forces Armées Royales ». Il est Amir Al Mouminine (représentant suprême de la Nation, symbole de son unité, garant de la pérennité et de la continuité de l’État). Il assume la défense nationale et internationale. Il nomme le premier Ministre et les autres membres du gouvernement. Il nomme aux emplois civils et militaires et peut aussi déléguer ce droit.
Au niveau militaire, le Maroc se caractérise par ses Forces Armées Royales, qui ont été créées en 1956, à la fin du régime du Protectorat français. Elles étaient composées uniquement à cette époque, de l’armée de terre et de l’armée de l’air. La Marine royale fut fondée en 1960.
Aujourd’hui, les Forces Armées Royales se composent des trois unités : l’Armée de terre royale (constituée de plusieurs brigades et bataillons, forts de plus de 175.000 soldats), la Marine royale (composée de plus de 10.000 soldats et disposant de 3 frégates, de 25 navires patrouilleurs, de 4 vedettes patrouilleurs lance-missiles et de 3 hélicoptères armés côtiers et les Forces aériennes royales (constitués d’une quarantaine d’avions de chasse Mirage F-1 et de quelques unités d’hélicoptères). Par ailleurs, le Maroc dispose d’une Gendarmerie royale qui participe également aux opérations de paix à travers le monde.
L’engagement international du Royaume du Maroc en faveur du maintien de la paix
Le Royaume du Maroc s’est longtemps engagé à répondre favorablement aux appels de la communauté internationale en vue de prévenir les conflits ou de restaurer la paix et la sécurité à travers le monde.
Dans la région Afrique
L’une des régions pour laquelle le Maroc a renforcé son rôle en matière de maintien de la paix est sans conteste l’Afrique. Il est vrai que les initiatives marocaines en Afrique sont d’abord à mettre en rapport avec le différend qui continue d’opposer le Maroc et Front Polisario au sujet du Sahara occidental. Le Maroc s’est ainsi retiré de l’Organisation panafricaine (OUA) en 1984, après l’admission en son sein de la République Arabe Sahraouie Démocratique, avec laquelle il est en conflit depuis février 1976.
Toutefois, dans le cadre de la région Afrique, le Maroc a aussi beaucoup contribué au maintien de la paix. D’abord, dans le cadre de l’ONUC (mission de l’ONU qui a duré de juillet 1960 à juin 1964, en République du Congo), le Maroc a fourni deux bataillons (infanterie et parachute) pour le maintien de l’ordre et le rétablissement de la paix entre belligérants. D’avril 1992 à mars 1993, le Maroc déploya plus de 1000 soldats et 60 policiers civils pour l’Opération des Nations Unies en Somalie (ONUSOM I). Le personnel militaire et civil avait en charge de surveiller le respect du cessez le feu à Mogadishu (avec 5 observateurs militaires), d’assurer l’acheminement de l’aide humanitaire, d’assurer la protection du personnel et des installations de l’ONU. Les Forces Armées Royales marocaines ont ensuite déployé des unités militaires de l’ordre de 1430 éléments après la création de la Force d’intervention unifiée (UNITAF) en décembre 1992. Elles ont ensuite participé à la deuxième Opération des Nations Unies en Somalie (ONUSOM II), qui prit la relève de l’UNITAF en mars 1993, jusqu’en mars 1994.
En République Démocratique du Congo, le Maroc contribue depuis le 30 novembre 1999 à la mission des Nations Unies pour la paix (MONUC). Dans le cadre de cette mission qui est toujours en cours, le Royaume du Maroc a déployé un contingent de 750 militaires, 4 officiers d’État-major et quatre membres de la police civile. Le Maroc a en outre mis à la disposition de la MONUC un Hôpital médical de niveau II composé de 51 militaires.
En Côte d’Ivoire, le Maroc contribue aux côtés de 39 autres pays à l’Opération des Nations Unies (ONUCI) instituée par le Conseil de Sécurité depuis le 4 avril 2004, pour instaurer paix et stabilité dans ce pays ouest-africain. La participation du Maroc à cette mission a été fortement plébiscitée par l’ONU, qui lui a notamment décerné une médaille commémorative des opérations de maintien de la paix lors du 50ème anniversaire de la fête de l’indépendance nationale. Selon plusieurs rapports onusiens, le contingent militaire marocain déployé en Côte d’Ivoire, fort de 735 militaires et de 4 officiers d’État-major se distingue régulièrement par son dévouement, son abnégation et son courage pour instaurer une stabilité et une paix durables en Côte d’Ivoire.
D’autres missions de maintien de la paix de l’ONU ont aussi vu la participation des Forces Armées du Maroc, notamment en Angola (UNAVEM II, entre 1989 et 1996, avec l’envoi de 15 observateurs militaires et de 11 membres de la police civile) et au Cambodge (UNTAC) entre août 1992 et juin 1993, avec l’envoi de 100 membres de la police civile. En Haïti, le Maroc a déployé conjointement avec l’Espagne, un contingent de 364 soldats, dont 164 marocains pour la mission de l’ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Ces troupes marocaines et espagnoles ont ainsi pris, le 11 novembre 2004, le relais du bataillon chilien à Fort Liberté et à Terrier Rouge au Nord-est d’Haïti.
Dans la région Europe
Plusieurs initiatives marocaines témoignent de l’intérêt de ce pays pour des opérations de paix pouvant favoriser la coopération avec les institutions européennes. Par exemple, le Maroc a proposé la mise en place de mécanismes de concertation entre Européens et Méditerranéens sur les questions de maintien de la paix en 1995. Le royaume chérifien a adopté une mesure concrète en décidant en décembre de la même année d’envoyer en Bosnie-Herzégovine un contingent de 1400 soldats, dans le cadre de l’IFOR (la force opérationnelle de l’OTAN pour la mise en œuvre de la paix en Bosnie).
De surcroît, le Maroc participe toujours à deux autres opérations de maintien de la paix qui sont sous la bannière de l’Organisation du Traité de l’Alliance Nord Atlantique (OTAN). Il s’agit de la SFOR et de la KFOR. Dans le cadre de la SFOR (force de stabilisation de la paix en Bosnie Herzégovine), un contingent fort de 350 soldats marocains participe à cette force, depuis décembre 1996. Le Maroc participe aussi au côté de l’OTAN au Kosovo dans le cadre de la KFOR. Au Kosovo, en plus d’envoyer un bataillon de 409 soldats, le Maroc a aussi dépêché depuis décembre 1999, un bataillon médical pour apporter une assistance sanitaire et sociale aux populations locales et pour effectuer certaines tâches humanitaires.
Enfin, le Maroc dispose d’une force militaire de la taille d’une brigade, entraînée aux techniques d’intervention et qui est prête à intervenir à tout moment à l’extérieur, que ce soit pour des opérations d’aide humanitaire ou de maintien de la paix.
Mountaga Diagne
Chargé de cours, UQAM