Politique de maintien de la paix
La République fédérale du Nigéria est actuellement un des pays membres du système des Nations unies qui contribue le plus souvent à la construction et la consolidation de la paix sur le continent africain ou ailleurs ; ceci dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations unies ou celles de la CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest). L’effacement progressif des anciennes grandes puissances comme la France et la Grande-Bretagne en Afrique de l’Ouest, a offert une opportunité au Nigéria de jouer un rôle stabilisateur de premier plan dans la sous-région, en matière de maintien de la paix. C’est ainsi principalement sous le contexte régional et en application de la doctrine de subsidiarité conformément à la Charte onusienne, que le Nigéria mène depuis l’année de son indépendance (1960), plusieurs opérations de paix à travers le monde. Au Libéria (1990) et en Sierra Léone (1991), il s’agissait de missions de contrôle, voire d’imposition du cessez le feu. En Namibie, (1989-1990), au Sahara Occidental (1991), au Mozambique (1992) et au Cambodge (1992-1993), il était question cette fois d’envoyer des observateurs militaires pour surveiller le respect des accords de paix.
Structures décisionnelles politiques et militaires
En vertu de sa constitution fédérale (adoptée en 1999), le Nigéria affirme son attachement aux principales conventions internationales en faveur de la paix. La politique de défense est décidée par le Président de la Fédération en accord avec l’Assemblée Nationale. Le président assume la fonction de commandant général des forces armées et a le pouvoir de déterminer l’utilisation opérationnelle de ces forces à l’intérieur et à l’extérieur du territoire fédéral. Il a aussi le pouvoir de nommer les chefs d’État-major de toutes les branches des forces armées de la fédération (armée de terre, armée de l’air et armée navale).
Au niveau national, bien que le Nigéria ait connu une longue période d’instabilité politique depuis l’indépendance, le pays s’est engagé progressivement dans une voie de résolution pacifique des différends (luttes ethniques, conflits de propriété, divergences religieuses entre chrétiens et musulmans ...). Plusieurs structures de prévention et de résolution des conflits ont ainsi été créées dans cette perspective. Il s’agit du Bureau pour la coordination de la sécurité nationale au Nigéria, des Services de sécurité de l’État (SSS), de l’Agence nationale des renseignements (NIA) et de l’Agence de renseignement de la défense (DIA). Ces agences sont principalement intéressées par la sécurité de l’État et du gouvernement contre toute agression intérieure ou extérieure.
Au niveau international, l’expérience du Nigéria en matière de maintien de la paix s’est surtout manifestée dans le cadre de ses structures militaires (armée de terre, navale et armée de l’air). L’Armée de terre est historiquement la branche la plus impliquée dans les opérations de maintien de la paix. En effet, depuis 1960, l’armée de terre fournit le plus grand nombre d’unités réparties en divisions d’infanterie, de brigades d’artillerie, etc. Elle a démontré ses capacités de mobilisation, de déploiement et de support des unités d’intervention, dans le cadre des opérations de paix en ex-Yougoslavie, en Angola, en Somalie et en Sierra Leone. L’armée de l’air, (composée de quelques unités d’hélicoptères et d’avions de chasse à capacité opérationnelle réduite) a fortement contribué au maintien de la paix, notamment au Tchad, en Angola, au Liban, en ex-Yougoslavie et au Koweït. Ainsi, elle a pris part à des opérations telles que : la réalisation de ponts aériens, le transport des troupes, le soutien logistique, la surveillance et le travail de liaison ; l’évacuation des blessés et l’organisation des secours, le contrôle du trafic aérien, le maintien de la sécurité de la base aérienne...
En plus de son armée nationale, le Nigéria a su aussi compter sur sa police pour ses activités de maintien de la paix. Par exemple au Congo en 1960, dans le cadre de l’ONUC, la police a fortement contribué aux initiatives en faveur de la paix. Dans le cadre de la MINUL, au Libéria (2003) et de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) en 2004, 142 et 133 policiers ont été déployés. La mission interafricaine au Darfour (MUAS) accueille près de 150 policiers civils nigérians pour la surveillance des accords de cessez-le-feu.
L’engagement international du Nigéria en faveur du maintien de la paix
Sous l’égide de L’ONU
La première intervention du Nigéria pour le maintien de la paix date de 1960 lorsque la jeune Armée Nationale et la Police furent déployées au Congo dans le cadre de la mission onusienne (ONUC). Depuis lors, le Nigéria participe activement aux efforts pour la paix dans le monde et la taille de sa contribution en effectif a considérablement augmenté. En effet, de l’ONUC où un seul bataillon fut envoyé pour restaurer la paix au Congo, à la MINUL, au Liberia en 2003, où plus de 2000 personnes (observateurs, forces de police et de l’armée) furent déployées pour entériner le processus de paix, le Nigéria a pris part à plus d’une trentaine d’opérations de maintien de la paix.
Au fil de ces opérations et compte-tenu de ses fortes capacités militaires en Afrique, il est devenu clair que l’engagement du Nigéria serait beaucoup plus important qu’à ses débuts, surtout en termes d’équipement, de communication, de personnel et de fonctions opérationnelles (ingénierie, manœuvre et travaux de construction, amélioration des voies d’accès, détection de mines, établissement de points d’eau, ponts aériens...).
Sous l’égide de l’Union Africaine et de la CEDEAO
Le Nigéria de par sa capacité militaire demeure la principale force ouest-africaine capable de prendre en charge unitairement une mission de maintien de la paix dans la sous-région. Les opérations au Libéria, en Sierra Léone, en Côte d’Ivoire et au Soudan lui offrirent l’occasion de se poser en véritable leader africain du maintien et de la consolidation de la paix. Ces opérations s’appuyaient sur des corps expéditionnaires associant plusieurs pays africains, mais où les contingents nigérians étaient, et de fort loin, les plus nombreux. De plus, le Nigéria a toujours été un grand fournisseur non seulement de troupes militaires mais aussi de ressources logistiques et financières dans les opérations de l’ECOMOG. Selon le rapport de l’AHSI (African Human Security Initiative) de 2004, le Nigéria a contribué pour 75 % des troupes armées et pour 90 % des fonds pour les opérations de l’ECOMOG, pendant la crise au Libéria. La mission de l’Union Africaine au Soudan, dans la province du Darfour (MUAS) a aussi exigé un personnel militaire nigérian de plus de 2250 unités (composés de 2000 soldats et 150 forces de police) sur une totalité de 6900. Même si leur intervention sur le terrain ne rencontra pas toujours le succès escompté et même si le comportement des troupes fut loin d’être toujours exemplaire, ces opérations furent pour le Nigéria un argument de poids pour soutenir les efforts de négociation en vue de trouver des solutions politiques et pacifiques durables.
Outre ces expéditions armées, le Nigéria a multiplié les réunions de médiation et de facilitation pour aider à résoudre d’autres crises frappant le continent, telles que celles du Soudan, de la République Démocratique du Congo (RDC), du Zimbabwe, du Togo et aujourd’hui de la Côte d’Ivoire. Même s’il ne s’agit que d’actions diplomatiques dans lesquelles le Nigéria est un acteur parmi tant d’autres, ces réunions ont néanmoins le mérite de montrer que le pays (de ce point de vue) sait utiliser d’autres ressources que celles de la force armée pour œuvrer à la stabilisation et à la pacification du continent noir.
Initiatives spéciales en matière de formation
En dehors du cadre institutionnel, le Nigéria s’est beaucoup impliqué dans la formation pour le maintien de la paix. La stratégie du Nigéria est basée sur un programme national établi par l’École Militaire Nationale, le Centre de Recherche sur la Paix et la Résolution des Conflits, l’Académie Diplomatique, l’Institut International pour la Paix, ainsi que par d’autres institutions telles que l’École d’Infanterie, le Collège de l’État Major et l’École de Police. Au final, grâce à ces écoles de formation, les forces armées du Nigéria se sont exercées à des entraînements intensifs qui s’ajoutent à l’expérience acquise et qui cherchent toujours à s’adapter à la réalité des missions de paix de l’ONU et de l’UA sur le terrain.
Mountaga Diagne
Doctorant et chargé de cours
Université du Québec à Montréal