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Fiche d'information

Ouganda


Politique de maintien de la paix

Les principes directeurs de la politique étrangère ougandaise tels que définis dans la Constitutions de 1995 promeuvent l’intérêt national de l’Ouganda, le respect du droit international et des obligations formulées dans les traités internationaux. L’Ouganda s’y engage à respecter la cœxistence pacifique et le non-alignement. Il apporte son plein soutien au règlement international des conflits à travers des moyens pacifiques et affiche une volonté de participation active aux organisations de sécurité collective régionales et internationales. La considération de ses intérêts sécuritaires et économiques prime dans ses relations avec le reste du monde. Ses priorités en termes de sécurité sont établies en cercles concentriques avec dans le premier cercle ses voisins immédiats, puis les pays des Grands Lacs, les autres pays africains (avec un accent particulier sur l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte en raison de leurs positions géostratégiques) et enfin le reste du monde.

L’Ouganda défend une approche régionale et panafricaine de la sécurité. Sa politique étrangère repose sur le constat que l’instabilité régionale l’affecte en termes de flux de réfugiés, de déplacements internes, d’insécurité transfrontalière. L’insécurité hypothèque en outre ses objectifs de développement socio-économiques et d’intégration régionale.

Structures décisionnelles politiques et militaires

L’article 210 de la Constitution de 1995 stipule que le Parlement doit décider de l’envoi des troupes à l’extérieur de l’Ouganda. Il n’est pas précisé si cela comprend les troupes déployées sous mandat des Nations Unies ou d’une organisation régionale.

Évolution de sa participation

L’Ouganda ne joue pas un rôle majeur en matière de contribution aux opérations de paix. Il n’a pas les ressources financières nécessaires pour s’engager à la hauteur du Kenya, du Ghana ou de l’Afrique du Sud. D’abord, la violence politique et la gabegie économique des régimes d’Idi Amin (1971-1979) et d’Obote (1981-1985) l’avaient placé au ban de la communauté internationale et lui avaient fait perdre toute crédibilité sur la scène régionale. L’état de délabrement dans lequel l’avait conduit la guerre civile de 1981-1986 avait contraint le gouvernement ougandais à consacrer la première moitié des années 1990 à la réhabilitation de ses infrastructures et à la réforme de ses institutions civiles et militaires. Ensuite, le gouvernement ougandais reste lui-même soumis depuis 1986 à la pression militaire du conflit au Nord du pays. Cependant depuis le milieu des années 1990, l’Ouganda a montré sa volonté de s’impliquer dans les initiatives de construction de la paix à travers la médiation et la prévention des conflits.

Yoweri Museveni a promu les activités de médiation menées par l’IGAD ou l’Union africaine. L’Ouganda a effectué une contribution volontaire de 100 000 US$ au Fonds de la paix de l’Union africaine. Le président ougandais a été l’un des principaux artisans de la restauration de la Communauté est-africaine et de son inscription dans le champ de la promotion de la paix. Le traité établissant la Communauté est-africaine et l’East African Development Strategy (2001-2005) insistent tous deux sur la paix et la sécurité comme domaine prioritaire de coopération régionale.

En matière d’opérations de paix, l’Ouganda a d’abord été la base logistique de la mission de l’ONU au Rwanda à partir de 1994. Son aéroport d’Entebbe accueille encore aujourd’hui les vivres et matériel de la MONUC. Mais jusqu’à récemment, l’Ouganda a participé aux missions de paix en termes de médiation essentiellement. Le président ougandais Yoweri Museveni a favorisé ses actions préventives au sein de l’IGAD, de l’Union africaine et de la Communauté est-africaine, récemment revivifiée. L’affichage de la reconstruction étatique ougandaise comme une des rares « success story » du continent a construit a stature internationale de Museveni. Ce crédit que lui accordait les principaux bailleurs, institutions financières internationales en tête, lui a permis de s’imposer comme un acteur incontournable dans les négociations menées dans les Grands Lacs et toute la sous-région.

Émule du président tanzanien Julius Nyerere, Y. Museveni a eu un rôle majeur dans les initiatives de paix régionales : il participa aux pourparlers de paix d’Arusha pour le Rwanda au début des années 1990. Le président ougandais a été partie prenante des initiatives de paix entreprises au Burundi par l’ancien président Nyerere puis, après le décès de ce dernier, par Nelson Mandela suite au coup d’État du Major Pierre Buyoya. Museveni préside l’initiative de paix régionale pour le Burundi qui a abouti à l’Accord de paix et de réconciliation d’Arusha en août 2000 et vise à la mise en oeuvre de l’accord de cessez-le-feu du 2 décembre 2002.

L’Ouganda a participé au sein de l’IGAD aux pourparlers de paix entre le Sudan People’s Liberation Army (SPLA) de John Garang et le gouvernement soudanais qui conduisirent, alors qu’il présidait l’organisation régionale, le 20 juillet 2002 à la signature du Protocole de Machakos. L’Ouganda, avec Djibouti, l’Érythrée, l’Éthiopie, la Somalie, le Kenya et le Soudan, a également participé au processus de réconciliation qui a conduit à la création à Nairobi en 2004 d’un gouvernement de transition fédéral somalien. Enfin, Museveni joua un rôle - parfois ambigu - dans le processus de paix en République démocratique du Congo. Il initia notamment le premier meeting de Victoria Falls du 7-8 août 1998.

52 ougandais ont déjà été assignés à des missions de terrain de l’ONU en Côte d’ivoire, au Libéria et au Soudan en tant que policiers ou observateurs militaires. Son premier engagement actif date de la Mission de l’ONU au Libéria (MINUL) en 2003. L’Ouganda devait également participer à la première phase de la mission de soutien de la paix de l’IGAD en Somalie (l’IGASOM) mandatée par l’Union africaine et instituée en avril 2005. Un contingent de 850 militaires ougandais devait faire partie de l’avant-garde du déploiement par l’Union africaine d’une force de 7500 hommes. Il devait faire partie d’un contingent de 1700 soldats déployés pendant six mois à partir d’Avril 2005 pour assurer le transfert à Mogadiscio du gouvernement transitoire somalien formé à Nairobi. Cependant l’insécurité persistante dans la capitale somalienne et les divisions au sein même des Institutions transitoires ont retardé la mission. Le déploiement des troupes ougandaises et soudanaises est actuellement suspendu faute de moyens et en l’absence d’un consensus sur la composition des troupes participantes.

Toutefois, le déploiement des troupes ougandaises subit les oppositions de plusieurs parlementaires ougandais. Ces derniers exigent que les questions de sécurité nationale, et notamment le conflit du Nord, priment sur l’envoi de troupes à l’étranger et critiquent le coût de cette opération de paix. Par ailleurs, les ingérences militaires de l’Ouganda au Congo ont terni la crédibilité de faiseur de paix de Museveni. Dans le cadre des accords commerciaux de l’AGOA (African Growth Opportunities Act) signés avec le États-unis, l’Ouganda s’est engagé à participer à la lutte anti-terroriste. Au milieu des années 1990, alors qu’il était l’« enfant chéri » des institutions financières internationales, l’Ouganda avait été l’un des premiers États sélectionné pour participer au programme américain de l’African Crisis Response Initiative (ACRI). Ses troupes furent entraînées lors de la première phase du programme. Mais l’entraînement du contingent ougandais a été interrompu suite à l’implication militaire de l’Ouganda en République Démocratique du Congo. Tout comme pour l’Éthiopie qui fut suspendue en raison de la guerre menée avec l’Érythrée, les interventions militaires unilatérales de l’Ouganda risque de rejaillir sur sa crédibilité à mener des opérations de paix sur le continent.

Sandrine Perrot
Chercheure post-doctorale au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).





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