Politique de maintien de la paix
La Pologne a une longue tradition de participation active aux opérations de paix. La première contribution en personnel à une opération de maintien de la paix date de 1953, lorsque le gouvernement polonais a fourni des observateurs militaires à la mission d’observation du cessez-le-feu en Corée.
Après la chute du mur de Berlin, la politique de maintien de la paix de la Pologne est la conséquence de l’évolution de sa politique étrangère. Un temps tenté par une « neutralité armée », l’objectif devient vite une intégration aux structures occidentales (OTAN et UE). Cette volonté d’ancrage à l’Ouest est affirmée par la création, en 1991, du groupe de Visegrad qui rassemble la Pologne, la Hongrie et la Tchécoslovaquie et qui a précisément pour but de permettre à ses membres d’intégrer l’UE et l’OTAN le plus rapidement possible. La Pologne a ainsi adhéré au Partenariat pour la paix dès sa création en 1994 et participé à plusieurs missions dirigées par l’OSCE et l’OTAN. L’OTAN demandait en effet aux pays candidats à l’adhésion de développer une stratégie d’ensemble relative au rôle des forces armées, désormais davantage orientées vers les opérations de maintien de la paix et plus seulement sur la défense du territoire.
Par ailleurs, la Pologne s’est particulièrement distinguée par une politique étrangère très pro-américaine et est apparue comme le chef de file de cette tendance en Europe centrale et orientale. Cette orientation a amené le pays à intervenir en Afghanistan dans le cadre de l’opération américaine « Enduring Freedom » (100 hommes présents) et, surtout, en Irak où les Polonais sont toujours présents.
Structures décisionnelles politiques et militaires
Au terme de l’article 117 de la constitution polonaise, le « déploiement des forces armées hors des frontières de la Pologne sont définis par un traité ratifié ou par une loi ». Cela signifie que tout déploiement extérieur doit être approuvé par le parlement - composé de la Diète (chambre basse) et du Sénat (chambre haute) - sauf s’il s’agit d’un déploiement prévu par un accord international. Pour être ratifié, un tel accord doit avoir été approuvé par le Parlement ou par référendum.
Les contingents polonais en opérations extérieures sont dirigés par le Commandement Opérationnel (Operational Command). Depuis juillet 2005, cette institution est en charge, outre le commandement des troupes polonaises en mission, de la planification des déploiements, de l’entraînement et de la coordination entre armées de terre, de l’air et de mer.
Évolution de la participation
Si l’envoi de premiers observateurs militaires date de 1953, le premier détachement de l’armée polonaise à participer à une mission des Nations Unies a été déployé dans le Sinaï en 1973 dans le cadre de la Force d’urgence des Nations Unies II (FUNU II).
En tout, plus de 41 000 militaires et diplomates polonais ont participé à des opérations de paix dirigées par l’ONU, l’OSCE et, plus récemment, par l’OTAN et l’Union Européenne. La Pologne est aujourd’hui engagée dans 13 opérations de paix reconnues par l’ONU.
La politique polonaise de participation aux opérations de paix entre dans une nouvelle ère avec la participation à la force de protection des Nations Unies (FORPRONU) d’avril 1992 à mai 1995. La Pologne était en effet invitée pour la première fois à envoyer un bataillon opérationnel dans le cadre d’une mission dirigée par les Nations Unies. La volonté de se rapprocher de l’OTAN et l’adhésion au Partenariat pour la Paix en 1994 ont lourdement pesé sur la structure des missions polonaises de maintien de la paix. En effet, depuis le début des années 1990, la majorité des déploiements de militaires polonais à l’extérieur du pays l’ont été en ex-Yougoslavie et en Albanie, d’abord sous l’égide de l’ONU, puis dans le cadre de la mission globale de sécurité collective que s’est donnée l’OTAN via l’établissement du Partenariat pour la Paix. Les polonais sont encore aujourd’hui présents au Kosovo (KFOR et MINUK) et en Bosnie-Herzégovine (EUFOR-Althéa).
L’autre conséquence de cette tendance est l’engagement de la Pologne auprès des États-Unis avec les participations polonaises aux opérations américaines en Afghanistan et en Irak. Parallèlement à cette évolution, la Pologne conserve une présence importante au Moyen-Orient dans le cadre des opérations FINUL et FUOD. L’importance de ces déploiements a amené les autorités polonaises à créer, dès 1989, le centre Sikorski de formation militaire pour les forces de maintiens de la paix de l’ONU. Ce centre a une capacité d’accueil théorique de 800 hommes. La formation est d’une durée de six semaines pour les soldats et de huit semaines pour les officiers.
La constitution d’unités multinationales de maintien de la paix
La Pologne a été très active dans l’établissement de collaborations militaires avec d’autres pays visant à l’établissement de forces destinées à des opérations de paix. Elle est ainsi l’un des membres fondateurs de la Brigade multinationale d’intervention rapide des forces en attente des Nations Unies (BIRFA, plus connue sous son acronyme anglophone SHIRBRIG). La Pologne n’a cependant pas fait partie des trois pays ayant participé au déploiement de la BIRFA dans le cadre de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), se contentant d’envoyer des observateurs militaires.
Les coopérations les plus poussées dans le domaine militaire ont lieu avec les voisins de la Pologne. Conformément à sa volonté de s’affirmer comme une puissance régionale, celle-ci a développé des coopérations militaires ayant débouché sur l’établissement de brigades conjointes avec tous ses voisins, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie. Trois de ces brigades concernent les opérations de paix.
En 1994, une coopération militaire tripartite entre le Danemark, l’Allemagne et la Pologne a été instituée. Cette coopération s’est traduite, dans le cadre de la BIRFA, par la création d’un sous détachement de la brigade rassemblant des troupes de ces trois pays. Néanmoins, le résultat le plus important de cette coopération s’est faite dans le cadre de l’OTAN par la mise en place du « corps multinational nord-est ».
L’idée d’un bataillon polono-ukrainien de force de paix (POLUKRBAT) a été lancée en octobre 1995. La formation de ce bataillon de 754 hommes était achevée en mars 1998. Les 391 polonais présents proviennent de la 14ème brigade blindée. Aux termes de l’accord signés entre la Pologne et l’Ukraine, ce bataillon peut être déployé dans le cadre de missions internationales autorisées par la conseil de sécurité de l’ONU ou organisées par « une autre organisation responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationale (...) selon les dispositions du chapitre VIII de la Charte des Nations Unies ». Le bataillon doit pouvoir se déployer dans un délai de 30 jours après la formulation d’une requête par les Nations Unies ou l’organisation compétente.
Le POLUKRBAT a été déployé au Kosovo à partir de juillet 2000 dans le cadre de la Force de maintien de la paix dirigée par l’OTAN au Kosovo (KFOR). Alors que l’importance du contingent ukrainien est restée stable, la contribution polonaise a fortement diminuée passant de 545 hommes en 2000 à 270 actuellement. Pour la durée de la mission au Kosovo, un peloton de 30 soldats lithuaniens est incorporé au bataillon.
Le même type de coopération s’est développé entre la Pologne et la Lituanie. La mise en place du bataillon polono-lithuanien de force de paix (LITPOLBAT) a été initiée en février 1995. En avril 1999, le bataillon, fort de 786 hommes, était officiellement opérationnel. Les 435 soldats polonais proviennent de la 4ème brigade de cavalerie blindée. S’il est prévu que le LITPOLBAT puisse être déployé dans les mêmes conditions que le POLUKRBAT, celui-ci n’a pas encore connu de déploiement effectif.
Limites à la contribution polonaise aux opérations de paix
Au début des années 2000, toutes ces initiatives laissaient prévoir des déploiements importants dans le cadre d’opérations de paix. En réalité, la Pologne est passée en terme de troupes déployées du 10ème rang mondial en 1999 au 23ème aujourd’hui, ce qui la place juste derrière un pays comme l’Autriche.
Cette évolution s’explique par la volonté polonaise de participer de manière significative aux opérations américaines en Afghanistan et en Irak. La diminution de la participation polonaise à la KFOR ainsi que le non-déploiement du LITPOLBAT sept ans après sa mise sur pied effective peuvent ainsi s’expliquer par la priorité donnée par la Pologne à sa relation avec les États-unis. Les troupes polonaises présentes en Irak et en Afghanistan (un millier de militaires) sont à l’heure actuelle presque aussi nombreuses que celles déployées dans les opérations de paix reconnues par l’ONU. Dans un contexte de ressources financières et humaines limitées pour les déploiements militaires à l’étranger, un effet de substitution a certainement joué.
Vincent Laborderie
Doctorant, Université Laval