Après une période de remise en question consécutive aux échecs de certaines missions de la décennie 1990, les opérations de maintien de la paix se sont transformées au cours des dix dernières années. Elles ont subi de tels changements que la plupart des experts préfèrent parler d’« opérations de paix », une expression qui recouvre toutes les pratiques menant à la paix, de la prévention des conflits à la consolidation de la paix en passant par le maintien et l’imposition de la paix. Aujourd’hui, les opérations de paix ce sont 200,000 gardiens de la paix déployés dans 40 missions sur cinq continents.
Pour le Canada, cette nouvelle posture des opérations de paix offre de nouvelles opportunités d’engagements internationaux après le retrait l’an prochain de son contingent militaire d’Afghanistan. Au cours de la dernière décennie, les autorités gouvernementales canadiennes ont préféré engager le Canada dans des interventions militaires en dehors du cadre de l’ONU et, dans le cas particulier de l’Afghanistan, dans une mission de lutte anti-insurrectionnelle. Ce choix est parfaitement légitime. Mais les Canadiens et leurs élites doivent aussi se rappeler que Pearson a laissé un héritage dont l’étonnante transformation et la grande vitalité surprennent. Le monde entier mène dorénavant des opérations de paix – ancienne comme nouvelle version – un de ses instruments par excellence pour la gestion ou le règlement des conflits.
Le Canada, fort de cette tradition et de l’expérience exceptionnelle et courageuse de ses militaires en Afghanistan, est dorénavant en mesure de se réengager dans les opérations de paix.

| Cette étude rédigée en janvier 2010 par Jocelyn Coulon et Michel Liégeois pour le Canadian Defence and Foreign Affairs Institute (CDFAI) est disponible en ligne.
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Note documentaire concernant l’étude
Le nouveau « maintien de la paix »
Après une période de remise en question consécutive aux échecs de certaines missions de la décennie 1990, les opérations de maintien de la paix se sont transformées au cours des dix dernières années. Elles ont subi de tels changements que la plupart des experts préfèrent parler d’« opérations de paix », une expression qui recouvre toutes les pratiques menant à la paix, de la prévention des conflits à la consolidation de la paix en passant par le maintien et l’imposition de la paix. Elles sont devenues un instrument incontournable dans la gestion ou le règlement des conflits. Aujourd’hui, les opérations de paix ce sont :
40 missions de maintien, d’imposition ou de consolidation de la paix déployées sur cinq continents ;
200 000 gardiens de la paix (militaires et observateurs militaires, policiers et experts civils) ;
six organisations internationales et régionales – ONU, UE, OTAN, UA, OSCE, CEEAC – et deux coalitions qui prennent part actuellement à des missions ;
des milliards de dollars destinés à reconstruire des États fragiles et à offrir un nouveau départ aux populations de 23 pays, situés particulièrement en Afrique ;
un taux de réussite salué par la plupart des chercheurs et centres de recherche, dont la RAND Corporation et le Human Security Report.
Si les opérations de paix d’aujourd’hui sont devenues aussi populaires auprès des décideurs comme outil de gestion ou de règlement des conflits, c’est que leur perfectionnement au fil des ans a produit des résultats. Aujourd’hui, les mandats des opérations de paix permettent :
l’établissement de la confiance entre parties et l’accompagnement du processus politique ;
l’arrestation de criminels de guerre et leur comparution devant les tribunaux internationaux ;
la création ou le renforcement de structures étatiques et la supervision d’élections ;
le désarmement et le déminage ;
la réintégration des enfants-soldats et des milices ;
la protection des civils, particulièrement des femmes et des enfants ;
la réforme du secteur de la sécurité ;
la réhabilitation d’infrastructures, d’hôpitaux, d’écoles, etc. ;
la création de milliers d’emplois locaux.
Le succès des opérations de paix est dorénavant pris en compte, même par un nombre croissant de pays occidentaux qui les avaient plus ou moins abandonnés dans les années quatre-vingt-dix. Les témoignages de cette confiance retrouvée se multiplient :
en 2006, sept pays européens viennent renforcer la mission au Liban (FINUL) ;
en septembre 2009, au cours d’une rencontre sans précédent, le président Barack Obama s’adresse aux pays contributeurs de contingents de l’ONU et promet un engagement soutenu des États-Unis ;
en février 2010, le nouveau Livre vert de la Défense britannique souligne que « le rôle exceptionnel de l’ONU dans l’architecture internationale, l’édification de la paix, la sécurité et la gouvernance est plus important que jamais ».
Le retour du Canada
Dans quelques mois, le Canada amorcera le retrait de son contingent militaire en Afghanistan après une décennie de présence. Au cours de ces années, les autorités gouvernementales canadiennes ont préféré engager le Canada dans des interventions militaires en dehors du cadre de l’ONU et, dans le cas particulier de l’Afghanistan, dans une mission de lutte anti-insurrectionnelle. Ce choix est parfaitement légitime. Mais les Canadiens et leurs élites doivent aussi se rappeler que Pearson a laissé un héritage dont l’étonnante transformation et la grande vitalité surprennent. Le monde entier fait dorénavant des opérations de paix – ancienne comme nouvelle version – un de ses instruments par excellence pour la gestion ou le règlement des conflits.
Le Canada, fort de cette tradition et de l’expérience exceptionnelle et courageuse de ses militaires en Afghanistan, est dorénavant en mesure de se réengager dans les opérations de paix. À cette fin, il peut compter sur :
l’appui massif des Canadiens toujours très attachés au maintien de la paix ;
des militaires canadiens expérimentés, bien équipés et prêts à relever le défi des opérations de paix ;
une structure onusienne de décision et de planification renforcée et efficace ;
des organisations internationales et régionales prêtes à soutenir l’ONU ou à prendre la relève ;
des alliés européens, américain, australien et néo-zélandais déjà actifs à bâtir des coalitions ou à s’engager fortement sous le chapeau des organisations internationales ;
27 février 2010
Pour plus d’informations, prière de s’adresser à :
Kate McAuley
Program Coordinator
CDFAI
Téléphone : 403-231-7624
Télécopieur : 403-231-7598
Jocelyn Coulon
Téléphone : 514-951-0431
Courriel : jcoulon_a_operationspaix.net
Résumé de l’étude
Cette étude aborde plusieurs questions : Qu’est-il arrivé à l’ONU ? Comment l’ONU a-t-elle réglé ses problèmes ? Pourquoi les Forces canadiennes devraient-elles envisager de participer aux opérations de maintien de la paix sous le commandement de l’ONU ? Quels sont les nouveaux mécanismes favorables à une intervention des Forces canadiennes sous le commandement de l’ONU ? Comment voir le rôle du Canada dans le maintien de la paix ? En voilà un bref résumé :
Qu’est-il arrivé à l’ONU ?
Le maintien de la paix n’est plus ce qu’il était avant la chute du communisme. Jusque-là, les opérations traditionnelles, ou de première génération, étaient caractérisées par : (a) une force impartiale munie d’armes légères ; (b) des soldats de la paix déployés dans le cadre d’un cessez-le-feu après avoir obtenu le consentement des parties au conflit ; et (c) le recours à la force strictement limité à la légitime défense.
Les opérations de deuxième génération ont été marquées par d’importants changements, tant en ce qui a trait au contexte du déploiement des Casques bleus qu’à la portée du mandat donné aux soldats de la paix. La plupart des conflits d’après-guerre froide où les soldats de l’ONU ont été déployés étaient des conflits intra-étatiques. Par conséquent, les opérations devaient se dérouler dans des États fragiles ou faillis où le maintien de la paix ne constituait qu’une petite partie d’un vaste mandat, allant du désarmement des milices à l’organisation d’élections, en passant par la mise en œuvre d’activités civiles. Dans certains cas, le manque de fiabilité de certaines parties belligérantes faisait en sorte qu’un cessez-le-feu durable – sans parler d’un accord de paix – était impossible. Dans ces cas, les directives opérationnelles traditionnelles des Casques bleus ont été mises à rude épreuve. L’incapacité de l’ONU à évoluer assez rapidement pour gérer ces nouveaux types de conflits a donné lieu à de graves échecs dont voici les principales causes.
a) Les conflits internes complexes comptent une foule d’acteurs menaçants. Cela signifie qu’il est souvent impossible de mettre en œuvre un accord de cessez-le-feu ou d’obtenir le consentement des diverses parties au déploiement d’une force de l’ONU. De plus, le consentement sur le plan stratégique ne se traduit pas nécessairement par le consentement sur le plan opérationnel. Nous l’avons vu en Somalie en 1993 lorsque 24 Casques bleus pakistanais sont tombés dans une embuscade et ont été tués au cours de l’inspection d’un site de stockage d’armes.
b) L’absence de consentement signifie également qu’il y a souvent un éclatement de l’unité de commandement en raison de différends quant à l’interprétation du mandat de la mission et des opérations ultérieures. À nouveau, nous avons vu les conséquences de cette situation en Somalie : les Italiens, qui avaient subi des pertes, ont refusé de continuer à participer aux opérations ; de leur côté, les Américains ont lancé une mission visant à capturer Mohammed Farrah Aidid en 1993.
c) De plus, l’absence d’un cessez-le-feu ou de coopération entre les parties au conflit signifie que le personnel de l’ONU doit souvent assurer sa propre défense et celle des civils, ce qui demande de l’armement lourd et des règles d’engagement plus fermes ; toutefois, cela ébranle la perception d’impartialité qui existait jusque là. La mission de l’ONU au Rwanda témoigne avec clarté des conséquences qu’entraînent les tentatives visant à trouver un équilibre entre l’impartialité de l’ONU et la protection des civils.
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Les auteurs
Jocelyn Coulon est depuis 2004 le directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP) au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). Il est chroniqueur de politique internationale pour le quotidien montréalais La Presse et, de février 1999 à décembre 2003, il a été le directeur du campus de Montréal du Centre Pearson pour le maintien de la paix. Ces quelques dernières années, il a publié un certain nombres de livres, dont, en 1998, Soldiers of Diplomacy. The United Nations Peacekeeping and the New World Order, University of Toronto Press. Il est détenteur d’un diplôme en sciences politiques de l’Université de Montréal et il est membre de l’Institut international d’études stratégiques (IISS).
Le Professeur Michel Liégeois détient un Ph.D. en sciences politiques de l’Université de Louvain (Belgique), où il enseigne les relations internationales et les études sur la sécurité. Il a publié récemment " The Role of Small Powers in the UN Security Council : the Case of Belgium" dans Belgium in the UN Security Council. Reflections on the 2007-2008 membership (2009) ; "A Small Power Under the Blue Helmet - the Evolution of Belgan Peacekeeping Policy" dans Studia Diplomatica ; et " Darfour : Mission Impossible for UNAMID", GRIP report, Bruxelles, 2009.
Couverture médiatique de l’étude
Articles de journaux
Boileau, Josée. « Le pari onusien », Le Devoir, 3 mars 2010.
On sait depuis maintenant deux ans que le Canada se retirera d’Afghanistan en 2011. Ce qui attend par la suite l’armée canadienne n’a toutefois jamais fait l’objet d’un débat. C’est à ce vide que répond une étude du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute qui conclut de miser sur l’ONU, un constat des plus justifiés. Lire la suite sur le site du Devoir.
Castonguay, Alec. « Forces armées canadiennes - Finie la guerre après 2011 ? », Le Devoir, 2 mars 2010.
Un rapport suggère au Canada de revenir aux missions de paix de l’ONU

En juillet 2011, le Canada retirera ses soldats de l’Afghanistan. Que faire ensuite ? Quel rôle la force militaire canadienne devrait-elle jouer dans le monde ? Une nouvelle étude du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute conclut qu’Ottawa a toutes les raisons de revenir à son rôle traditionnel de maintien de la paix au sein des missions de l’ONU, une tâche qu’il a délaissée depuis plusieurs années. L’étude, dont Le Devoir a obtenu copie, est intitulée Qu’est-il advenu du maintien de la paix ? L’avenir d’une tradition. Elle sera rendue publique ce matin. Ce document est l’un des plus complets rédigés sur le sujet au Canada ces dernières années. Lire la suite sur le site du quotidien Le Devoir.
Bercuson, David. « There’s a new peace ‘warrior’ in town », The Globe and Mail, 2 mars 2010.
Pearsonian peacekeeping may be gone, but a new report says it’s time for Canada to get back in the thick of UN operations
Canadian supporters of a strong and combat-capable military have grown to detest any mention of Canadian soldiers returning to United Nations operations. They remember the bad old days of the 1990s when the UN piled up failure after failure and Canadian troops wearing blue helmets were abused, shot at and even killed on these missions. But now a new report, by Jocelyn Coulon of the University of Montreal and Michel Liégeois of Belgium’s Université catholique de Louvain, says Ottawa should reconsider in light of significant changes in UN missions over the past 10 years. Lire la suite sur le site du quotidien The Globe and Mail.
Dufour, Valérie. « Le Canada doit revenir à des missions de maintien de la paix », Rue Frontenac, 2 mars 2010.
Des chercheurs soutiennent, qu’après son retrait de l’Afghanistan, le Canada doit revenir aux missions de maintien de la paix encadrées par l’ONU
À l’heure où le retrait massif des troupes en Afghanistan est sur le point de sonner, des chercheurs soutiennent qu’il est grand temps pour le Canada de redorer son blason et de retourner dans le giron de l’ONU et ses opérations de maintien de la paix.« Nous pensons que le Canada doit se réengager dans les opérations de paix, un concept qui couvre aujourd’hui toutes les pratiques menant à la paix, de la prévention des conflits à la consolidation de la paix en passant par le maintien et l’imposition de la paix », peut-on lire dans une étude publiée par l’Institut canadien de la défense et des affaires étrangères (ICDAE). Lire la suite sur le site de Rue Frontenac.
National Post. « The future of the Canadian Armed Forces », National Post, 8 mars 2010.
Last Thursday’s budget should silence the doubters : Canada’s mission in Afghanistan will end in 2011.
While some had suspected that Stephen Harper’s government might find a way to maintain a troop presence there, either by deploying a smaller contingent of troops on a re-branded mission or by appearing to be talked into it by Barack Obama, the budget makes clear that drawing down the war in Afghanistan and slowing the rate of military expenditures, will form a key part of the Conservative government’s plans to slay the deficit. Lire la suite sur le site du National Post.
Radio-Canada, « Pour un changement de cap », Radio-Canada, 2 mars 2010.

- Photo : AFP
Un nouveau rapport fait ressortir le fait que le Canada, à l’instar des autres pays occidentaux, a délaissé l’engagement dans les missions de paix de l’ONU au profit d’un engagement plus important au sein de l’OTAN, notamment en Afghanistan. Après plusieurs mois de recherches, Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix de l’Université de Montréal, et Michel Liégeois, du département de sciences politiques de l’Université de Louvain, en Belgique, ont publié mardi un rapport exhaustif sur les missions de paix de l’ONU. Dans ce document de 71 pages du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute, les auteurs retracent l’histoire des missions de paix et leur évolution, avec un intérêt particulier pour le rôle du Canada. Lire la suite sur le site de Radio-Canada.
Autres
Radio-Canada : Maisonneuve en direct, 2 mars 2010.
Une étude suggère que l’armée canadienne revienne aux opérations de paix après le retrait des troupes en Afghanistan en 2011. L’étude, publiée mardi, a été réalisée par l’Institut canadien de la défense et des affaires étrangères. Les auteurs du rapport, Jocelyn Coulon et Michel Liégeois, estiment que les Forces canadiennes sont mûres pour ce virage. Les spécialistes rappellent que le Canada a inventé les Casques bleus et qu’il a oeuvré de nombreuses années au sein des missions de paix de l’ONU. Les experts estiment donc que le Canada, fort de sa tradition et de son expérience plus récente avec l’OTAN en Afghanistan, est aujourd’hui en mesure de se réengager dans les opérations de paix. D’après l’étude, les opérations de paix sont devenues, au fil des ans, un instrument par excellence pour la gestion et le règlement des conflits.
L’armée canadienne doit-elle revenir aux missions de paix ? Les invités de Jacques Beauchamp : Jocelyn Coulon, directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, et Gilles Paradis, lieutenant-colonel retraité des Forces canadiennes.
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