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RAMSI :  historique et mandat
Mission régionale d’assistance aux îles Salomon


Historique

Les conflits intercommunautaires qui ont abouti à la mise en place de la Mission Régionale d’Assistance aux îles Salomon sont le reflet de l’incapacité des gouvernements successifs à instaurer l’État de droit sur l’ensemble du territoire. Ils portent aussi bien sur le droit à la terre que sur le contrôle et la légitimité de l’État.

Les Malaitans qui se sont installés sur l’île de Guadalcanal depuis la fin de la seconde Guerre mondiale sont largement représentés dans le secteur économique, dans la fonction publique et au sein du gouvernement, lui-même considéré comme corrompu. Se sentant dépossédés et ignorés, de jeunes indigènes créent la Guadalcanal Revolutionary Army (GRA) en 1998, rebaptisée Isatabu Freedom Movement (IFM). Leurs exactions aboutissent à l’expulsion de plus de 20 000 Malaitans à partir de 1999. La création d’une milice rivale, Malaitan Eagle Force (Force de l’Aigle de Malaita, MEF) aggrave le conflit. L’état d’urgence est décrété le 17 juin 1999. Malgré la signature de l’accord de paix d’Honiara, négocié par l’envoyé spécial du Commonwealth Sitiveni Rabuka, entre le Gouvernement national, les gouvernements provinciaux et l’opposition d’une part, et le déploiement, au mois d’octobre 1999, d’une force de police multinationale soutenue par le Commonwealth d’autre part, la violence perdure. Le 5 juin 2000, les Malaitan Eagle Force prennent le premier ministre Ulufa’alu en otage et l’obligent à démissionner.

Le nouveau gouvernement dirigé par Sogavare parvient, avec le soutien de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, à ramener la plupart des groupes armés à la table des négociations. Un cessez-le-feu déclaré le 3 août 2000 permet la tenue de négociations qui aboutissent à l’accord de paix de Townsville en octobre 2000. Cet accord prévoit l’amnistie générale, le désarmement et la démobilisation des milices et leur intégration dans des forces de police chargées d’instaurer l’ordre.

L’application de l’accord relève de la responsabilité d’un Conseil de Surveillance de la Paix, appuyé par une Équipe Internationale non armée de Surveillance de la paix. Ce dispositif garantit de fait l’impunité des milices. Assassinats et exécutions sommaires se poursuivent et sont imputés aussi bien aux milices qu’aux agents de police spéciaux issus de leurs rangs. Le retrait de l’Équipe internationale de surveillance de la paix le 25 juin 2002 sous la menace d’hommes armés témoigne de la gravité de la situation. L’année 2003 est marquée par une recrudescence des actes de violence : ainsi, le 10 février 2003, Fred Soaki, membre du Conseil national pour la paix est assassiné à Auki, dans la province de Malaita. Fred Soaki avait dénoncé les abus de pouvoir des forces de police. En juillet 2003, alors que le pays s’enfonce dans l’anarchie, le Forum des îles du Pacifique établit l’opération Helpem Fren (Helping Friend en pidgin local), répondant aux appels répétés du gouvernement salomonais.

Déployée le 24 juillet 2003, la Mission Régionale d’Assistance aux Îles Salomon a permis l’arrestation des principaux chefs activistes, notamment d’un ancien ministre des affaires étrangères, la démobilisation des agents de police spéciaux et d’anciens rebelles, ainsi que le retour de milliers de personnes déplacées. Au mois d’août 2004, jugeant la situation suffisamment stable, le gouvernement australien a annoncé le retrait de la quasi-totalité de ses soldats, ce qui réduit les effectifs militaires à une centaine de Papous, de Fidjiens et de Tongiens. Le 18 avril 2006, la nomination controversée de Snyder Rini au poste de Premier ministre à l’issue des premières élections législatives depuis l’intervention de la RAMSI entraîne deux jours de violences dans la capitale Honiara. La violence vise particulièrement la communauté chinoise accusée d’avoir versé des pots-de-vin aux parlementaires afin de favoriser la nomination de Snyder Rini. En réaction, l’Australie et la Nouvelle-Zélande dépêchent des troupes pour tenter de stabiliser la situation. Pour la RAMSI le recul est majeur. Finalement, le 20 avril, Snyder Rini accepte de démissionner, laissant la voie libre à la nomination du chef de l’opposition, Manasseh Sogavare, le 4 mai 2006.

Cependant, cette nomination marque le début de tensions entre le gouvernement salomonais et le gouvernement australien : l’Australie voit d’un mauvais œil la nomination éventuelle de M. Dausebea, pressenti au poste de Ministre de la police, et M. Nelson, au poste de Ministre du tourisme, accusés d’avoir incité et organisé les émeutes du 18 avril. Manasseh Sogavare apprécie peu l’ingérence australienne dans la politique intérieure des Îles Salomon et expulse l’ambassadeur australien en signe de protestation. Le Forum des Îles du Pacifique lui apporte son soutien lorsque, en octobre 2006, des membres australiens de la force de police salomonienne procèdent à l’arrestation du ministre salomonais de l’immigration et à la perquisition du bureau du Premier ministre. Les dirigeants du Forum s’entendent pour réviser la mission de la RAMSI, dont l’Australie constitue l’épine dorsale, et menacée d’expulsion par Manasseh Sogavare. Ce 37ème Forum des îles du Pacifique marquera une rupture entre l’Australie d’une part et la Papouasie Nouvelle-Guinée, Fidji et Vanuatu d’autre part, inquiets de l’attitude de l’hégémon régional.

Au plan intérieur, le gouvernement de Manasseh Sogavare est contesté, affaibli par la défection de neuf ministres, et survit à trois votes de défiance jusqu’au mois de décembre 2007. Manasseh Sogavare devra finalement céder la place à Derek Sikua, ancien ministre de l’éducation. La nomination de celui-ci marquera une nette amélioration dans les relations entre les Îles Salomon et l’Australie. Les Îles Salomon acceptent notamment de remettre à l’Australie le procureur général, Julian Moti, accusé du viol d’une mineure de 13 ans au Vanuatu en 1997. M. Moti sera jugé par le tribunal de Brisbane. La qualité des relations avec le gouvernement salomonien est présentée, par Canberra, comme une condition nécessaire à l’efficacité de la mission de la RAMSI.

Pour l’instant, cette efficacité ne semble pas optimale : en février 2008, un rapport produit par le Centre for Independent Studies estime que, après cinq années d’activité, la RAMSI n’a pas réussi à favoriser l’autonomie des Salomoniens.

Mandat

La Mission Régionale d’Assistance aux Îles Salomon, dirigée par l’Australie, est déployée dans toutes les provinces ; elle est composée de forces militaires, de forces de police et de civils chargés de refonder et renforcer les structures étatiques. La Mission a pour mandat :

- de restaurer l’ordre et la sécurité. La Mission doit procéder à l’arrestation des responsables de crimes et de délits (meurtres, intimidation, vol, corruption etc.) Elle doit également désarmer les milices et consolider les forces de sécurité gouvernementales en améliorant leur représentativité et leur efficacité ;

- de réformer l’appareil judiciaire. Ce volet comprend la formation de magistrats et d’avocats, et la réforme du système pénitencier ;

- de renforcer l’action gouvernementale (réformes économiques, systèmes d’imposition efficaces) et de restaurer la légitimité étatique (création de mécanismes de contrôle).

9 octobre 2008








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