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RDC : Les élections de tous les dangers
Un processus sous haute surveillance


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Photo : MONUC

La campagne en vue des premières élections pluralistes depuis l’indépendance vient de débuter en République Démocratique du Congo (RDCongo), sous haute surveillance internationale. Trois ans après la fin officielle d’un conflit qui a fait plus de 2 millions de victimes, 25,6 millions d’électeurs répartis sur un territoire de 2.34 million de kilomètres carrés devront choisir entre 33 candidats à la présidentielle et 9 632 candidats à la législative.

À circonstances inhabituelles, mesures exceptionnelles : l’ONU, qui déploie en RDCongo sa plus importante opération de paix, consacrera 458 millions de dollars au processus électoral, une somme consacrée notamment à la formation de 300 000 agents électoraux et à l’ouverture de 53 000 bureaux de vote.

L’enjeu sécuritaire

La sécurité sera l’un des enjeux de cette élection. La MONUC et les forces gouvernementales ont récemment intensifié leurs attaques contre les milices dans la région de l’Ituri, l’un des bastions des groupes armés qui pillent les richesses minérales du pays, avec l’aide des pays voisins. Ces combats ont fait pour l’heure une cinquantaine de victimes du côté des rebelles et une quinzaine du côté des forces gouvernementales. Des avancées significatives ont cependant été enregistrées dans le processus de désarmement et de démobilisation, notamment avec la reddition du chef rebelle Maï Maï, Kyungu Mutanga, alias « Gédéon » le 2 mai dernier. Le désarmement et le rapatriement des combattants étrangers demeure cependant problématique : malgré le désarmement de 13 000 combattants, entre 8000 et 9000 d’entre eux continuent à échapper à ce processus qui dépend partiellement de la volonté des pays voisins de les accueillir et des conditions de leur rapatriement. Ainsi, le retour de combattant rwandais appartenant à l’ethnie hutue, dont certains ont pris part au génocide de 1994, a été longtemps reporté faute d’accord avec le Rwanda.

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carte : Reuters

La contribution internationale à la sécurité du pays repose entre autres sur l’envoi prochain d’une force européenne (EUFOR R.D. Congo) mandatée pour apporter un soutien coercitif à la MONUC, si nécessaire. Le coût de cette opération de quatre mois devrait s’élever à 16 700 000 d’euros. Le déploiement de cette mission vient confirmer l’intérêt de l’Union européenne pour la stabilisation de la RDCongo. L’Union y développe depuis plus de 3 ans, une stratégie multidimensionnelle dans le cadre de l’émergence d’une Politique Européenne de Sécurité et de Défense : réforme du secteur de la sécurité (EUSEC DR Congo), réforme de la police (EUPOL Kinshasa), mission d’imposition de la paix avec l’opération Artémis (2003).

Un climat explosif

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Photo : MONUC

Cette contribution pourrait s’avérer d’autant plus nécessaire que le climat pré-électoral semble se dégrader. Outre l’absence remarquée de l’un des principaux partis de l’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dirigée par Etienne Tshisekedi, la campagne est marquée par la propagation de rumeurs et d’accusations en tous genres. Ainsi, le 22 mai dernier, des présumés mercenaires étrangers ont été arrêtés, suspectés de fomenter un coup d’État. Le 24 mai, des candidats à la présidence, Roger Lumbala, Anatole Matusila, Joseph Olenghankoy et Christophe Mboso Nkodia Mpwanga ont été arrêtés sans raison précise avant d’être relâchés le lendemain.

Le fait le plus inquiétant est toutefois l’importance croissante du thème de la « congolité » dans le débat électoral. Utilisé notamment par l’ancien chef rebelle et candidat à la présidence, Jean-Pierre Bemba, lui-même menacé de poursuite par la Cour Pénale Internationale pour des exactions commises par ses hommes en République centrafricaine, le thème de la « congolité » vise principalement Joseph Kabila. L’actuel président ne serait pas congolais mais rwandais de l’ethnie tutsie, une accusation d’autant plus grave que le Rwanda est considéré comme l’un des principaux responsables du conflit qui a ravagé le pays. Les relents de haine véhiculés par ce discours risquent de réduire à néant les efforts entrepris ces dernières années pour rétablir un semblant de paix dans ce pays meurtri.

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Photo : MONUC

Dans ce contexte, le Représentant Spécial du Secrétaire Général en RDCongo a rappelé l’importance de poursuivre l’assistance internationale au-delà des élections, en particulier dans le domaine de la réforme des secteurs de la sécurité. Il s’agit entre autres de créer de toutes pièces des forces armées et de police efficaces et respectant les Droits de l’Homme. Le dernier rapport de la MONUC à ce sujet établit la responsabilité de ces forces dans la majorité des cas de violation des Droits de l’Homme, tout en saluant la première condamnation de soldats par un tribunal local le 12 avril dernier.

Haingo Rakotonirina
agente de recherche
Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix


CÉRIUM - Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal OTAN - Organisation du Traité de l'Atlantique Nord Groupe de travail pour la stabilisation et la reconstruction (GTSR)


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