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Fiche d'information

Suède


Politique de maintien de la paix

La Suède compte parmi les pays neutres du continent européen, n’ayant plus été en guerre depuis 1814. Elle a gardé sa neutralité pendant les deux guerres mondiales. Au moment de la formation de deux blocs antagonistes, au début de la Guerre froide, elle a opté pour une politique de « non participation aux alliances en temps de paix, visant à la neutralité en cas de guerre ». La neutralité suédoise n’a jamais remis en cause le rôle très actif du pays dans la promotion de la paix et de la sécurité internationales, qui date de son adhésion à la Société des Nations et à ses valeurs pacifistes et universalistes. En effet, parmi les tâches assignées aux Försvarsmakten (Forces Armées Suédoises), outre la défense de la Suède contre une attaque armée, le maintien de l’intégrité territoriale suédoise et l’assistance à la population suédoise en cas de crise, on retrouve également la contribution à la paix et à la sécurité dans le monde. Ces engagements se traduisent, dans la pratique, par le développement du paradigme de la défense totale, au niveau interne, et par une intense participation du pays aux missions internationales du maintien de la paix, dans le cadre de l’ONU et, plus récemment, de l’UE et de l’OTAN. En 1993 le Swedint, un centre spécialisé dans la formation du personnel suédois participant aux opérations du maintien de la paix dans le monde entier, a été établi. Cette formation est également ouverte au personnel international. Au cours des dernières années, environ 1500 hommes et femmes ont été recrutés par année pour servir au sein de ces opérations de paix.

La Suède a adhéré à l’ONU en 1946. Au sein de cette organisation, dont elle est le quatorzième contributeur budgétaire, elle s’est toujours engagée pour la promotion du maintien de la paix, depuis les années 50. A ce jour, la Suède a participé à environ 30 missions de l’ONU dans le monde, en mettant à disposition plus que 70 000 hommes. La Suède affiche, parmi les priorités de l’ONU, l’amélioration des capacités de l’organisation à prévenir les conflits et à réagir dans leur phase initiale. En outre, pour la Suède, il est important de développer une nouvelle génération de missions de paix, où les mesures militaires, politiques et humanitaires sont entremêlées.

L’engagement de la Suède pour le maintien de la paix se réalise aussi dans le cadre de l’OTAN, par le biais du Partenariat pour la Paix (PpP) et du Conseil du partenariat euro-atlantique (CPEA), auxquels elle a adhéré respectivement en 1994 et en 1997. Cette coopération avec l’OTAN ne remet pas en cause la neutralité suédoise, car elle se fonde sur le principe de la non-participation du pays aux alliances militaires. La coopération avec l’OTAN se réalise à travers la participation de la Suède aux opérations de gestion de crise, notamment au Kosovo et en Afghanistan, à travers sa présence active au sein des consultations sur les missions dans lesquelles les Suédois sont engagés. De cette manière, la Suède a affiché comme priorité le renforcement du droit d’influence et de regard, avant et pendant le déroulement des missions menées par l’OTAN, pour les pays qui envoient des troupes, bien qu’ils ne soient pas membres de l’OTAN. Dans le cadre du PpP, la Suède participe également aux exercices internationaux, visant à améliorer les capacités des troupes à agir dans des missions de maintien de la paix à côté des troupes étrangères et visant à augmenter la connaissance et la confiance réciproques. Au sein du PpP, la Suède s’est aussi engagée dans la réforme du secteur de la sécurité dans les pays partenaires des Balkans, du Sud-Caucase et d’Asie-Centrale. Elle contribue également, de manière volontaire, aux Fonds d’affectation spéciale pour l’Albanie, la Géorgie, la Serbie et le Monténégro. Ces fonds visent, entre autres, à la destruction des armes excédentaires. Au sein du PpP, la Suède coopère également dans le cadre de la planification civile d’urgence. Les 24-25 mai 2005, la Suède a été le pays hôte du premier Forum de sécurité du CPEA, qui s’est tenu dans la ville d’Are. Il s’agit d’une réunion ministérielle informelle, visant à traiter les questions principales de la coopération au sein du PpP, parmi lesquelles la gestion des crises internationales.

En 1995, la Suède a rejoint l’Union européenne. De cette manière, elle a repris les dispositions concernant le développement d’une Politique étrangère et de sécurité commune. Pendant les négociations qui ont mené au Traité d’Amsterdam, la Suède a travaillé en étroite coopération avec la Finlande, un autre pays nordique et neutre, pour que les tâches dites de Petersberg soient incluses dans les dispositions concernant la PESC. De cette manière, l’UE s’est dotée d’un cadre de référence suffisamment flexible pour permettre à un pays neutre et non-aligné comme la Suède de participer aux opérations de maintien de la paix, dans le cadre multilatéral de l’UE. La Suède, entre autres, est devenue observateur de l’Union de l’Europe occidentale.

L’adhésion de la Suède à l’OSCE date de 1975. Dans le cadre des activités menées par cette organisation, la Suède a affiché un intérêt particulier pour l’action de l’Haut Commissaire pour les minorités nationales, qui vise, entre autres, à la prévention des conflits. Actuellement ce poste est pourvu par un diplomate suédois, l’ambassadeur Rolf Ekéus. Au sein de l’OSCE, la Suède est également engagée dans le cadre de la coopération policière. Des agents de police et des instructeurs de police suédois travaillent actuellement en Croatie, au Kirghizstan, dans l’ Ancienne République yougoslave de Macédoine, en Serbie, au Kosovo et au Monténégro. Dans le cadre de l’OSCE, la Suède participe aussi à environ 20-25 missions internationales d’observation des élections, principalement à l’intérieur des pays membres de l’Organisation.

Structures décisionnelles politiques et militaires

La législation suédoise prévoit la conscription obligatoire au sein de l’armée. La participation du personnel suédois dans les missions de l’ONU se fait sur une base volontaire. Les militaires doivent avoir nécessairement complété le service militaire obligatoire pour pouvoir être sélectionnés. Avant de se rendre sur le terrain, le personnel doit suivre une formation spécifique dans le cadre des Nations Unies, selon le type de mission à laquelle il est censé participer.

Pour la Suède, la Charte des Nations Unies est la seule base légale pour toute intervention armée à l’étranger. D’après le Chapitre 10, article 9 de la Constitution suédoise, le Gouvernement peut engager les forces armées suédoises pour repousser une attaque armée contre le pays. Les troupes suédoises peuvent également être engagées à combattre ou bien être envoyées dans un autre pays si le Parlement donne son consentement, si cette action est autorisée par une loi qui en définit les conditions préalables, si l’obligation à entreprendre cette action découle d’un accord ou d’une obligation d’ordre international, approuvés par le Parlement.

D’après la Doctrine stratégique militaire de 2002, le Parlement suédois décide sur la base de quelles circonstances le Gouvernement peut déployer les forces armées pour des tâches internationales. La Loi (1992 :1153) sur le Service des Forces Armées à l’étranger autorise le Gouvernement, sur la base d’une demande des Nations Unies ou suite à une décision de l’OSCE, à rendre une force armée disponible pour une mission de maintien de la paix à l’étranger. De l’autre côté, une décision du Parlement est nécessaire pour que les forces armées soient mises à disposition pour une mission d’imposition de la paix. Une telle décision doit également indiquer les limites qui doivent être appliquées à la mission. Ensuite, le Gouvernement prend une décision sur la participation des Forces Armées et sur les conditions auxquelles elles sont soumises, en conformité avec la décision du Parlement.

Évolution de la participation

En 1948, la Suède a envoyé pour la première fois des observateurs militaires au Moyen-Orient, au sein de l’ONUST. Cette présence se poursuit encore aujourd’hui. La Suède engage ses forces armées dans les missions de maintien de la paix depuis 1956, lorsqu’elle a pris part à la première Force d’Urgence des Nations Unies (FUNUI) au Moyen-Orient, avec un contingent de 12 000 hommes [entre 1956 et 1967]. Depuis, les forces suédoises ont participé à une trentaine de missions de l’ONU dans le monde entier. Parmi les principaux engagements des forces armées suédoises dans le cadre de l’ONU, on peut remarquer la participation de contingents d’environ 28 000 hommes au sein de la UNFICYP à Chypre entre 1964 et 1993, d’environ 9 200 hommes dans le cadre de la FINUL au Liban, d’environ 7 600 hommes au sein de la FUNU II au Sinaï entre 1973 et 1980, d’environ 6 300 hommes dans le cadre de la ONUC au Congo entre 1960 et 1964 et d’environ 10 200 hommes en Bosnie-Herzégovine dans le cadre de l’opération FORPRONU, puis de l’opération IFOR/SFOR, sous commandement de l’OTAN. Aujourd’hui, le principal engagement pris par les troupes suédoises dans le cadre de l’ONU est au Libéria, au sein de la UNMIL (127 hommes au 31 octobre 2006). Les Suédois sont également présents au sein de la MINUEE en Éthiopie/Érythrée, de la MINUK au Kosovo, de la MINUS au Soudan, de la MONUC en République démocratique du Congo, de la MONUG en Géorgie, de la UNMOGIP entre l’Inde et le Pakistan, de l’ONUST au Moyen-Orient et de la FINUL au Liban. Au 31 octobre 2006, la Suède met à disposition de l’ONU 249 hommes : 63 policiers, 28 observateurs militaires et 158 militaires.

Depuis son adhésion au Partenariat pour la Paix, la Suède a également déployé ses forces armées dans des missions de l’OTAN, notamment l’IFOR/SFOR et, actuellement, la KFOR au Kosovo (environ 400 militaires) et la FIAS en Afghanistan (environ 250 militaires). La Suède participe aussi aux missions de l’Union européenne, notamment en Bosnie, où une soixantaine de militaires suédois sont présents au sein d’EUFOR ALTHEA. Des Suédois participent également à l’EUFOR RD Congo, à la MSA, Mission d’Assistance à Aceh, et à la MPUE en Bosnie-Herzégovine. Dans le cadre de la mise en place des forces de réaction rapides de l’Union européenne, lors du Conseil de Ministres de la Défense à Bruxelles du 22 Novembre 2004, la Suède s’est engagée, avec la Finlande, l’Estonie et la Norvège, pour la création d’un Groupement tactique, Battlegroup, nordique, qui devrait être opérationnel à partir de 2008.

La participation de la Suède aux missions de maintien de la paix s’accompagne également d’un processus de réforme des forces armées. Commencé en 1999, il vise à moderniser les forces armées sur la base de nouvelles exigences qui découlent de la multiplication des opérations du maintien de la paix, depuis la fin de la Guerre froide. Il s’agit, en effet, de mettre en place des unités plus mobiles et flexibles, capables d’agir de manière efficace dans le cadre des missions multinationales de paix.

Alessia Biava
Institut européen de l’Université de Genève (IEUG)





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